Autonomie ou Hétéronomie, que choisir ?

S’il y a bien un fil rouge qui accompagne la prise de conscience associée à la fin de notre civilisation c’est celui de la “Résilience”. On peut définir la résilience comme la capacité qui permet de rebondir, de prendre un nouveau départ après un traumatisme. Il est tout autant possible d’appliquer ce concept à la psyché humaine, ainsi qu’au fonctionnement d’une plante ou encore à un de nos systèmes ultra-complexes d’approvisionnement. La force de ce concept est qu’il permet de se reconnecter aux réalités. Il nous invite à nous poser les questions que nombre d’entre nous avaient écartées sans même y penser : d’où vient ma nourriture ? comment est construit mon habitat ? d’où je tire ma chaleur ?

Au “fil et à mesure” que l’on déroule la pelote, on est vite écrasé par l’ampleur du problème ! On réalise à la fois que nous nous reposons entièrement sur le reste de la société pour pourvoir à nos besoins et qu’en même temps, cette société et ses systèmes sont bien plus fragiles que notre confiance aveugle et collective ne le laisse penser !

C’est alors qu’arrive le mot “autonomie“, récolté au détour d’un article, d’un bouquin, d’une conférence, d’une discussion entre amis.. et là, on se dit “Eureka ! mais oui ! c’est ça ma solution“.

Adieu Hétéronomie, bonjour l’Autonomie !

Si le système est si fragile, il est donc logique que je me déconnecte de ce dernier, non ? Fini d’être une marionnette, on coupe les fils et revoilà la liberté !

Et c’est ainsi que les auto-proclamés “éveillés” partent en quête de ladite Autonomie, sans même se rendre compte que leur désir relève plus du conte éveillé que du réel. Alors bien sûr, je ne conteste absolument pas la force de cette histoire, je pense même qu’elle est nécessaire pour que les Hommes sortent de leur indifférence. En revanche, je ferais remarquer qu’il est assez probable que nous soyons tous infectés insidieusement d’un mythe, d’un mythe libéral qui nous raconte que nous sommes capables de vivre sans les autres. Et ce qui est drôle, c’est qu’alors même que nous nous rendons compte de la fausseté de l’affirmation, à travers notre hétéronomie révélée, à travers notre dépendance aux autres et au système… Nous gardons pourtant dans notre poche, ce mensonge. Celui-ci qui nous pousse à croire; qu’il est possible d’atteindre l’autonomie “sans les autres”, en “solitaire”… cap vers “l’indépendance”, levez les voiles moussaillons !

Heureusement, la nature est bien faite. Elle rattrape même le plus vaillant “survivaliste”, qui comprend un jour ou l’autre, une fois reconnecté au-x vivant-s, qu’il fait partie d’un schéma complexe, duquel il ne pourra jamais vraiment s’extirper. A le lecture d’ouvrages sur la permaculture ou même de la toile du vivant à laquelle il se reconnecte, il commence à comprendre qu’il n’existe pas dans la nature d’électron libre, capable de vivre en totale indépendance. Il apprend qu’il n’existe pas une unique “loi de la jungle” affirmant que “seule la supériorité de la force brute ou de l’intérêt personnel est importante dans la lutte pour survivre”. Les plantes, les arbres, les animaux sont tous reliés les uns aux autres dans des éco-systèmes foisonnants. Nos scientifiques appellent ces liens des “interactions biologiques”: symbiose, mutualisme, commensalisme… venant s’ajouter à la palette de notre vision du monde. Suis-je capable de fabriquer l’air que je respire ? Et l’eau que je bois ? Et ces vers de terres, ces limaces qui nourrissent ma terre dans laquelle mes plantes potagères se nourrissent ? Et ce renard qui évite la prolifération des rongeurs ? Et ces pollinisateurs ? Et cette météo, ce climat qui a tant d’impact sur mes productions ? Et cet arbre dont je tire mes ressources en chaleur et en matériaux ? Mince.. on dirait que la nature m’a donné un corps bien trop dépendant du reste de sa création !

Mais le chemin n’est pas fini, l’autonomiste comprend ensuite qu’apprendre à faire sa nourriture n’est qu’une toute première étape. Comment fera-t-il demain pour ses vêtements ? Pour ses ustensiles de cuisine ? Pour ses outils de jardinage / bricolage ? Pour se déplacer ? Derrière chaque besoin se cache un métier, avec son nombre de savoir-faire si immense qu’il faut bien se rendre à l’évidence, au bout du compte : faire rentrer tout ça dans une seule tête et dans des journées de 24 heures relève de l’utopie.

Nous revoilà alors condamnés à l’Hétéronomie ! Trahis par notre propre génétique, incapables de s’affranchir de la nature et du corpus social de notre espèce ! Quel malheur !

Alors soit, mais maintenant quoi ?
Où réside l’espoir, s’il existe ?
Ré-examinons ensemble cette histoire de génétique humaine, celle qui dit que nous ne pouvons pas nous affranchir des autres. Bien sûr, la nature ne nous a pas donné un corps capable d’autonomie véritable. Pourtant, elle nous a laissé une marge de manœuvre notable, non ? Là où bien des espèces sont bloquées dans leurs schémas génétiques, agissant de façon presque aussi robotique qu’un algorithme, nous, nous avons l’opportunité du “choix”. Impossible de me déconnecter de la toile du vivant, d’accord. Mais avec qui, avec quoi je vais m’y connecter ? Certes, j’ai besoin de nourriture pour vivre, et je ne peux réfuter ce fait. Je sais aussi maintenant que j’aurais forcément des dépendances à d’autres que moi pour remplir ce besoin. Et là commence “le choix” ! Est-ce que je veux être dépendant de la grande distribution ? Ou de la santé de la terre de mon jardin ? Des milliers d’auxiliaires locaux qui m’aideront ? Est-ce que je souhaite dépendre de l’État ou de mes voisins ?

Il est temps de choisir, de choisir nos dépendances. Comment est-ce que je réponds à ces questions ? A mon échelle individuelle, à l’échelle de mon foyer, de mon voisinage, de ma commune, de mon peuple ?

Choisir nos dépendances, c’est choisir nos liens. Et dans un avenir incertain, s’il y a bien une direction dans laquelle nous devons nous diriger, c’est celle qui propose moins de biens et plus de liens.

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