Ramasseur de glands et mise au pas de la Nature

Parfois, le flux quotidien de la vie se voit perturbé, on sort de son train-train, quelques instants, perturbé par une pensée naissante. Je pense que ça a été le cas dans l’anecdote que je vais vous raconter.
Je travail au siège social d’une grosse entreprise, celle-ci possède des espaces verts tout autour de ses bâtiments (qui en ont d’ailleurs bien plus la couleur que la forme). Arrive l’heure de ma pause déjeuner ou je rejoins le dehors pour aller chercher mon repas, croisant ainsi cet employé, qui après avoir passé soigneusement une trentaine de minutes à rassembler des glands en petits tas, les ramasse maintenant à la pelle, pour finalement les mettre à la “poubelle”, le tout, sous le regard du grand chêne. J’aurais vraiment aimé vous l’illustrer avec une photo mais sur le moment, j’avoue, j’étais moi-même un peu envoûté par tout ce remue-ménage qui s’effectuait devant mes yeux.  

Il semblerait, que certains parmi nous ont décidé que ça serait une bonne chose de payer un d’entre nous afin qu’il ramasse ces glands, de lui faire brûler du pétrole pour son déplacement et celui de son chargement. Et ne parlons pas non plus de son collègue quelques mètres plus loin qui déplace les feuilles tombées du même arbre, à l’aide de sa souffleuse à mazout, solidement harnachée sur son dos… Est-ce ainsi que nous devons “gérer” notre maison commune ?

Ne soyons pas de mauvaise foi, ce genre d’activité n’est pas si récente que ça. La  démocratisation de cette technique, grâce à l’énergie abondante fait qu’on la voit désormais plus couramment mais… Après tout, nous sommes en France, non ? Auriez vous entendu parlé du “Jardin à la française” ? Mais si vous savez ! Ce noble art culturel hérité des ancêtres de nos bourgeois  !
Louis XIV, les jardins de Versailles.. j’imagine que les images doivent bien vous revenir.
En voilà une définition : “Le jardin régulier ou jardin classique est un jardin avec des garnitures et des agréments, expression du classicisme dans l’art des jardins, autrement dit la recherche de la perfection formelle, d’une majesté théâtrale et d’un goût du spectacle.“
Tiens, je ne savais pas que Mr le président avait un attrait pour le jardinage. Cela doit expliquer son soi-disant revirement soudain pour l’écologie.
Quant à moi, j’y vois un précieux indice sur la vision du monde, droite et régulière, qui se cache dans les têtes de nos décideurs.

Revenons donc à nos travailleurs du présent. Sous l’étiquette subtile “d’agents d’entretien des espaces verts”, les voilà qui coupent, qui taillent, qui ramassent, qui dépoussièrent, qui minéralisent… Et qui, petit à petit, transforment la nature selon un plan bien rectiligne. Chaque feuille est à sa place et chaque gland dans sa poubelle.

Mais d’ailleurs, c’est fou ça, pourquoi s’embêter avec des plantes qui poussent et qui repoussent alors qu’il suffirait d’un brin de “plastique” pour figer le tout ?
Je pense que nous touchons là un point intéressant ! Mon hypothèse ?
Il y a peut être derrière ce choix, l’expression d’un désir, d’un désir de “contrôle”, exprimé par nos possédants décideurs. Ces derniers souhaitent peut-être contrôler le “vivant”, le dompter, le modeler selon leurs propres désirs. Après tout, n’est ce pas ainsi qu’ils gagnent leurs argent ? A coup de contrôle sur leur masse salariale, composée d’individus bien moulés à qui on rabote les idées les plus feuillues ? Puis ensuite, en empêchant les graines d’idées de germer tout en cultivant à la place l’indifférence et l’apathie, dans un jardin aseptisé ?
Certains voient dans les luttes sociales et les luttes écologiques une forme d’incompatibilité, sinon une neutralité sans lien. Pourtant, je pense que c’est finalement la même vision du monde qui s’acharne sur les Hommes et sur notre Planète. Le capitalisme se fout des Hommes comme il se fout de l’environnement, ces indicateurs naturels ne font pas partie de son prisme de lecture. Rouges et verts se doivent de converger pour mieux colorer les esprits et gagner leurs luttes.   

Bonne nouvelle, la Nature, ça ne s’étouffe pas, on peut l’enfermer sous une coque de goudron mais chaque fois, elle se relève, bien patiente !
Humus, Humain, même racine, même ennemi, même combat. Quand serons nous assez audacieux pour briser la chape de plomb que le capitalisme a fait couler sur nos âmes ?

Elle est pourtant si belle cette nature sauvage, lorsqu’elle s’exprime de l’intérieur de nos êtres.

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