Attitudes et conflits politiques face à l’urgence !

Je vous propose cette semaine un article un peu particulier, car il constitue une réponse à l’un des articles issus d’Yggdrasil, la revue lancée en 2019 sur l’effondrement et le renouveau, que je vous conseille d’ailleurs vivement !
Je me permets de mettre ici une petite partie de l’article pour donner le contexte suffisant afin de comprendre mon propre texte. Il s’agit d’un article écrit par Pablo Servigne dans sa “chronique de l’effondrement : il faut politiser la question !”.
L’article aboutit sur le cadran suivant qui tente de placer les différents courants idéologiques sur plusieurs dimensions :

“Alors, voici maintenant le jeu : Vous dites à chaque cadran/idéologie qu’on a foutu le monde en l’air (en général, on considère que c’est l’autre cadran qui fout le bordel) et qu’on risque de crever la gueule ouverte si on ne change pas.. Et vous observez. Que croyez-vous qu’il se passe ? Sachant qu’on s’entre déchire déjà entre personnes du même cadran (pour des broutilles extraordinairement vitales, n’est-ce pas ?), la question que je me pose (et que je vous demanderai de traiter en deux pages max pour le prochain numéro) est la suivante : dans l’optique d’une organisation rapide, globale et radicale de préparation à l’urgence, quelle attitude adoptez-vous à l’égard des personnes qui se sentent à l’aise dans les sept autres cadrans ?”

Voici ma réponse, qui je l’espère, nourrira vos réflexions sur le sujet :

Comprenons que chaque citoyen n’est pas né dans un de ces cadres. Qu’il est né dans un univers culturel qui l’a ensuite rapproché de certains cadres tout en l’éloignant d’autres, parfois plusieurs fois au cours de sa vie.
Heureusement, ce processus n’est pas figé, même s’il est parfois un peu crispé après des années passées à se complaire dans son savoir, sa propre vision de la réalité.
Il n’y a rien d’étonnant à cela, nous sommes tous bénéficiaires d’un mécanisme issu de notre cerveau humain, nous évitant de perdre notre énergie en remettant en cause nos savoirs acquis à chaque instant. Ce mécanisme nous a très bien servi dans l’évolution, mais il devient un défaut, à l’heure où nous devons changer de culture face à l’urgence.

Changer radicalement de politique aujourd’hui, implique un changement de culture tout aussi radicale.
À ceux qui se placent dans le cadre de l’anarchie-coopérative, je dirais que nous devons passer à l’offensive, adoptons une nouvelle stratégie, qui, cette fois-ci espérons-le, produira ces effets. Beaucoup d’encre a coulé pour décrire les défauts des autres cadrans, les ouvrages ne manquent pas aujourd’hui pour se construire un avis éclairé. Ce qui nous manque en revanche, ce sont des balles culturelles, des histoires qui racontent la beauté des mondes culturels et politiques auxquels nous aspirons, et qui par leurs récits déconstruisent les obstacles entre les autres cadres et le nôtre. Plus important encore, il faut que ces récits, ces histoires, ces contes, ces poèmes.. s’adressent non pas à l’élite intellectuelle, ce qui est malheureusement bien trop souvent le cas, mais au Peuple, au plus grand nombre ! Ne perdons pas toute notre énergie à débattre avec l’adversaire, ne perdons pas de vue que ce n’est pas lui que nous cherchons à convaincre mais la masse silencieuse qui regarde le spectacle. Adressons-nous tant que possible en direct à ces observateurs discrets qui pourtant portent un poids si important au moment de l’exercice démocratique quelle que soit la forme qu’il prend.
La tâche n’est pas simple, il s’agit de trouver les formes capables de toucher l’esprit du plus grand nombre et les canaux de transmissions suffisamment efficaces pour que cette culture s’infuse dans nos sociétés au rythme de l’urgence, qui croit d’année en année sans nous attendre. En ce qui concerne la forme, inspirons-nous des travaux existants, tels que le journal Fakir ou les travaux d’éducation populaire. Pour les canaux de transmissions, là aussi nous devons innover, court-circuiter les canaux officiels, explorer des chemins plus directs, plus humains, là où les gens vivent, habitent, se déplacent, font déjà communauté. Apprenons à nous faufiler dans “leur temps de cerveau disponible”, sans concessions, voire même à le créer si nécessaire, en bousculant les quotidiens, en s’immisçant dans leur réel. L’urgence de la situation implique que nous sortions de chez nous, de derrière nos livres et nos écrans. Il ne s’agit pas non plus d’inviter l’autre à rejoindre nos zones de confort mais plutôt à le rejoindre dans les siennes.

Bien sûr, il restera des non-convaincus, des blocs de roche idéologiques, que seule l’érosion du temps et le nombre des passages saura altérer. Alors, adressons-nous aux vivants, à ceux qui pourront rejoindre nos communautés de pensées, car c’est grâce à eux que nous transformerons la pensée dominante en culture minoritaire. Autorisons-nous à laisser à ces nouveaux venus le droit inaliénable de faire place à leur façon, de s’approprier ces futurs à travers le prisme de leurs expériences, de leurs désirs, plutôt que de tenter l’expérience hasardeuse de les faire rentrer à tout prix dans nos cadres d’idéologues confirmés. Prenons conscience de notre tendance à vouloir nous-même diriger le vivant qui réside dans chaque être humain vers une place bien trop spécifique pour que chacun y trouve sa liberté. Enfin, si cette quête en vaux la peine et que nous l’entamons ensemble, alors faisons la pour l’Amour avec un grand A. L’Amour du vivant, l’Amour de l’humain, l’Amour des Autres.. car l’Amour est une source inépuisable d’énergie contrairement au noir pétrole des ressentiments.

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Bernard Rohmer
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Bernard Rohmer

Dommage qu’il y ait autant de fautes d’orthographe (certaines énormes), ça nuit au sérieux de l’article….