Les conditions de notre soumission

On le sait non ?
Que ce système ne mène à rien de bon sur le long terme. Que nous sommes en train de détruire notre futur et celui de nos enfants.

Et pourtant, on y participe, tel un rouage imbriqué dans une gigantesque machine qui nous entraîne. Impulsant,  plus ou moins consciemment presque chacune de nos pensées et presque chacun de nos gestes. Nous voilà reliés au système, dans toutes les directions, de telle sorte que nos liens ne nous libèrent plus, mais nous attachent, nous maintiennent. Nous sommes perdus au milieu d’un sac de noeuds, collant comme une toile d’araignée, et si dense, qu’aucune sortie n’est en vue. D’où nous vient cette impuissance ? Qu’est-ce nous empêche enfin d’écouter ce que notre logique nous crie de l’intérieur, et de mettre en acte la si bonne résolution du film “L’an 01” : “On arrête tout.” ?

L’impuissance n’existe pas seule, elle fait forcément partie d’un couple oppresseur-oppressé, autoritaire-impuissant. Alors qui est l’oppresseur ? Sommes-nous impuissants face à notre famille ? face à notre patron ? face à nos entreprises ? face à notre gouvernement ? Tout ça semble faire “système”, apposant son autorité stratifiée sur les différentes couches de nos vies.
Or, pour qu’un système basé sur l’autorité perdure, il doit nécessairement s’assurer que les conditions de son maintien soient constamment renforcées :

“On ne peut contrôler les autres à moins de les garder dans la dépendance et la crainte, et de les empêcher de fuir la relation”

Je cite ici le docteur Thomas Gordon dans son livre “Eduquer sans punir”. Pourtant, je suis sûr que vous pouvez voir en quoi cette citation s’applique à notre système politique, envahi par un capitalisme libéral farouche.
Disons-le, tout ça n’a évidemment rien de nouveau et prend racine bien antérieurement à notre ère “moderne”. C’est dès le début des civilisations humaines que s’installent des rapports d’autorité. L’avènement des “villes” a nécessité la mise en place de nombreux flux venant de l’extérieur pour perdurer. S’en suit alors l’instauration d’un système permettant d’extorquer aux peuples ruraux les besoins nécessaires à la survie des villes. Un système qui a su s’inventer une légitimité en s’imposant bien souvent par la violence et l’autorité. Car vous l’avez compris, si on se contente de forcer quelqu’un ou une communauté à suivre des actions qui ne lui sont pas profitables, on ne fait que semer les graines de la révolte prochaine. Il s’agit donc de rapidement mettre en place un lien de dépendance plus ou moins réel : tel qu’une promesse de protection militaire ou bien souvent un asservissement par la monnaie (dette et impôt). Cette façon de fonctionner persiste de nos jours, l’Etat maintient sa coercition en utilisant les mêmes leviers, tandis que d’autres se sont aussi ajoutés au cours du dernier siècle. Nos modes de vie occidentaux sont de plus en plus coupés de nos territoires de vie, on vit “hors-sol”. Nous avons laissé l’Etat et le système capitaliste qu’il protège nous déposséder au fil des décennies, de nos capacités à faire face de façon autonome, individuellement ou avec nos communautés locales. La dépendance au système s’est ainsi accentuée, coupant même la transmissions des savoirs générationnels : nos personnes âgées se sentent dépassées par leur temps et ont bien souvent abandonné la transmission de leurs savoirs. Pourquoi est-ce que je lui apprendrais à fabriquer sa propre lessive ? A tuer et préparer une poule ? A faire des conserves ? La “société” est là pour combler ces besoins ! En, plus de ça, les messages visant à humilier ces savoirs n’ont pas manqués pour décrédibiliser ce mode de vie dit “non moderne”. La dépendance se construit, s’intègre et se répand..

Le salaire, emblème de notre soumission, apparaît aujourd’hui comme le seul accès au bonheur possible. Ne pas le rechercher, serait “tomber dans l’insécurité permanente”. Pourtant, la crainte ne quitte pas le salarié, vivant dans une société de chomage structurel, entretenu pour mieux jouer sur ses craintes. Ainsi, on somme aux parents d’élever des enfants “productif”, qui auront pour objectif principal de devenir insérables dans l’appareil de production, sous couvert de son bonheur personnel. Nous sommes maintenu via la crainte, évitant ainsi que de trop nombreux citoyens décident de faire un pas de côté pour emprunter un autre chemin que celui imposé.
C’est là, tout le travail de la classe ploutocratique-oligarchique qui les entretiens. En France, la survie physique étant dans la majorité des cas assurée, c’est à la survie sociale que les stratégies marketing s’attaquent. On prône ainsi les dernières nouveautés, la mode, l’actualité au savoir, la consommation à outrance, les voyages à l’autre bout du monde… Tout doit devenir critère de démarcation pour mieux entraîner les foules dans dans mouvement ostentatoires de consommation comme un moyen de “survie sociale”. Les défenseurs de cette façon de faire société dessine ainsi une culture, à tendance mondialiste, qui souhaite assimiler l’ensemble de l’humanité derrière elle, servant ainsi le capitale qui est le gagnant incontesté de cette culture destructrice des hommes et de la nature. Pour cela, elle entretien la “crainte” de s’approcher de toute autre alternative crédible. Celle-ci pourrait atteindre le capital “social” du citoyen cherchant à faire autrement que le troupeau. Nos craintes sont nourries extérieurement à nous-mêmes..

Reste un dernier pré-requis, au maintien de cet autoritarisme : empêcher les oppressés de fuir la relation. Si la dépendance et la crainte ne suffit plus à maintenir le troupeau, il faut là aussi faire usage de la violence. Le cas de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, sur ce point, est emblématique. Des individus s’allient pour protéger l’intégrité d’un territoire face à un projet écologiquement destructeur, s’inventant dès lors un nouveau mode de vie, en marge du système. La créativité humaine s’exprime à pleins poumons pour traverser les difficultés techniques et humaines liées aux contraintes de “vivre sans” les institutions Françaises. Une véritable “innovation sociétale” est à l’oeuvre !
Depuis, le projet de construction d’un aéroport a été abandonné, laissant croire à une victoire des activistes. Disons-le, c’en est une. Mais la plus grande des batailles à été perdue ensuite, alors même qu’une partie des soutiens se désolidarisaient du mouvement. Cette bataille, c’est celle de “l’existence d’une autre façon de faire société”. Puisque l’usage des “forces de l’ordre” n’a pas suffi, c’est l’arsenal juridique de l’Etat qui s’est attaqué aux communautés sur place. Celles-ci souhaitait que les terres soient détenues collectivement d’un point de vue juridique, permettant de maintenir ce qui avait été construit au fil des années de luttes. L’Etat à tout faire pour dissoudre ces communautés en leur imposant comme seule solution de sortie, non négociable, des projets agricoles au caractère individuel, qui serait jugé “viable” ou non par la commission Étatique. La fuite devait être bouchée…
Plus récemment, alors même que de plus en plus de citoyens envisagent de vivre en habitat léger, dans des modes de vie plus minimalistes, le Sénat Français a voté une loi permettant aux maires qui le veulent de sanctionner ce type d’habitat via une amende de 500€ par jour. Mettant ainsi ce mode de vie en péril en instituant un pouvoir qui, au gré des municipales, peut vous demander de quitter le territoire.
Si le citoyen peut obtenir ce qu’il recherche (le bonheur et la sécurité ?), autrement que dans la relation qu’il entretient avec le système autoritaire auquel il est relié, alors évidemment, il s’éloignera de cette relation.

Voilà les conditions de notre soumission mise en lumière. Le constat peut d’abord être terrifiant, mais ne doit pas nous empêcher d’agir avec audace. Pour nous, pour nos enfants, l’échec n’est pas acceptable, mais plus encore, le fait de ne même pas essayer, quitte à perdre la tête haute, serait encore plus regrettable.

Je laisse le mot de la fin à Alain Damasio à travers un paraphe qui signe bien son dernier roman “Les Furtifs” :
“L’intelligence de l’histoire implique, il me semble, que nous acceptions que les véritables changements aient quelque chose de nécessairement invisible. Dans la mesure où c’est précisément cette invisibilité aux capteurs des dominants, à leur récupération prédatrice, qui leur offre l’espace et le temps indispensables pour se déployer.”

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Mazeron
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Mazeron

Très belle réflexion !
Merci , je partage…