L’humanité est elle à la hauteur ?

De quoi sommes-nous capables ? Dépasser telle difficulté, atteindre tel objectif, poursuivre tel rêve… La liberté offerte par la condition humaine à parfois de quoi donner le vertige !
Cette liberté, elle nous est offerte par la nature, qui nous a dotés d’un cerveau, capable de penser le monde et de dépasser certaines des limites inhérentes à notre corps physique.
Ces derniers siècles, et plus particulièrement ces dernières décennies, l’humain à vécu cette sensation de dépassement de soi avec tellement d’intensité que nombreux sont ceux qui en sont arrivés à “croire” au “progrès” et en la “modernité”, au même titre que l’on croit en une religion.
Un des rouages essentiels à cette mécanique de dépassement des limites, est l’usage d’une énergie extrinsèque à nos corps, j’ai nommé : les énergies fossiles. Sans l’usage de ces énergies, jamais, l’humain n’aurait été capable de transformer, ou plutôt devrais-je dire détruire, autant son environnement.

Nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour demander un changement de direction, un changement de paradigme, un changement de culture, voire même, la fin de la “civilisation”. Ce faisant, ils demandent aux membres de leur espèce, ou à certains d’entre eux, de contribuer à modifier la trajectoire collective que nous avons suivie depuis déjà bien trop longtemps, provoquant des dégâts déjà irréversibles sur notre planète. 

Les questions que je souhaite explorer ici, sont les suivantes :
Sommes-nous capables, en tant qu’espèce, d’un tel changement ?
Notre espèce était-elle capable d’éviter la situation dans laquelle nous sommes ?

Bien que nous pouvons être tentés de penser qu’il n’y a pas de limites “au génie humain”, je souhaite d’abord faire constater que nous sommes dotés d’un corps, avec son génome, de même que l’ensemble de la faune et  de la flore terrestre. Et c’est ce génome, qui définit les capacités et les limites qui sont les nôtres dans l’usage de nos corps et de notre esprit. Par conséquent, il devient légitime de se demander : est-ce que l’évolution nous a doté des capacités nécessaires à notre survie dans la situation globale actuelle ?
Si on met des lapins dans une prairie entièrement clôturé pour empêcher toute entrée / sortie, soit en somme, un monde “fini”. Ces lapins vont vivre leur vie, tels que leur génome leur suggère, consommant ainsi les ressources de la prairie, et se reproduisant tout naturellement. Or, bien sûr, une croissance infinie dans un monde fini n’étant physiquement pas possible. À force de se reproduire, le nombre de lapins présents dans la prairie va dépasser les capacités de charge de la prairie elle-même, provoquant son effondrement, et entraînant avec elle la chute de la population de lapins. Dans cet exemple, le lapin n’a pas été doté par la nature d’une capacité à s’auto-réguler vis-à-vis de sa consommation de ressources et de sa natalité. Ce qui se passe, est proche d’un phénomène physique, reproductible à l’infini dans les mêmes conditions. 
Peut-on faire le même parallèle avec l’humain ? À la différence du lapin, il peut penser sa situation et adapter son comportement. Toutefois, si ce phénomène fonctionne à l’échelle individuelle, il ne suffit pas qu’il soit possible à l’échelle individuelle pour que le collectif soit en capacité de s’en saisir de la même façon. Là encore, nombreux sont les lanceurs d’alertes qui, tout au long des derniers siècles, ont identifié des problèmes civilisationnels et qui ont été décriés par leurs contemporains. Pour atteindre une échelle collective, il est presque nécessaire de mettre en place des pratiques culturelles. Celles-ci feront office de véhicule de valeur pour que des mœurs s’appliquent à plus grande échelle. Nous, humains, n’avons pas la capacité physique à “informer” l’ensemble de nos paires de façon instantanée d’une situation problématique. L’internet et les flux d’informations ont bien sûr transformé notre façon de percevoir le monde, en élargissant notre capacité à voir celui-ci au-delà de nos propres yeux. Mais là encore, on tombe sur une limite : le monde est trop riche et trop complexe pour rentrer dans nos cerveaux humains. Nos modes de vie actuelles n’ont pas réussi à s’affranchir de la limite temporelle, composante pourtant essentielle pour acquérir du savoir et penser le monde. 

À quel point nos vies peuvent-elles être comparées à des flux physiques, aux règles bien établies, et desquelles nous ne pourrions nous affranchir ? Quand on regarde le passé, on trouve une cohérence dans toutes les étapes que l’humanité a franchies. Le chemin est constitué de milliards de milliards de mini-événements dont les causes prennent racine dans les événements précédents. Tel un domino qui fait tombé le suivant et qui s’associe à bien d’autres, formant une fresque dont le contrôle individuel et même collectif est souvent bien limité.

Pendant 3 millions d’années, l’espèce humaine à réussi à vivre, non sans impact sur son environnement bien sûr, mais sans détruire suffisamment son environnement pour empêcher la vie de repartir. Ce qu’on appelle désormais les “peuples premiers” vivent dans des cultures en équilibre avec leur territoire, pouvant se répéter en théorie, indéfiniment, si les conditions ne changent pas. Le virage qui nous a fait dévier de cette trajectoire, apparaît il y a seulement quelques dizaines de milliers d’années, un si bref instant, à l’échelle des 3 millions d’années qui ont précédé. Ce virage, selon moi, prend sa source dans le sujet de l’énergie. Toute transformation du monde physique passe par l’énergie, tout ce qui vous entoure à nécessité de l’énergie. Et la nature a donné à l’Humain, simple primate, doté d’un corps capable de convertir la nourriture qu’il ingère en énergie, comme beaucoup d’autres, la capacité à utiliser en plus de celle de son propre corps, une énergie extérieure à lui-même. La gravité, le feu, celle des autres espèces, le soleil, le vent, l’eau puis le charbon, le gaz, le pétrole et même le nucléaire. Autant de façons de faire usage d’énergie extérieur à nos corps, nous donnant ainsi la capacité de transformer le monde. L’humain avait-il la capacité dans son génome à se refuser l’utilisation d’énergie extérieure ? L’évolution semble plutôt l’avoir “poussée” dans cette direction, qui à travers un mécanisme d’essais-erreurs, l’a amené à faire usage de ces énergies externes.  

Ce faisant, l’espèce humaine se voit remettre une responsabilité importante, qu’implique l’usage de ces énergies, de par le pouvoir de transformation qu’elles permettent et de par la quantité d’énergie dont l’humain a pu acquérir l’usage.
Or, on constate qu’à partir du moment où l’on donne du pouvoir à un humain, ou à un groupe d’humains, la probabilité qu’un mauvais usage en soit fait, existe. Nous n’avons pas de mécanisme d’auto-contrôle dans notre génome qui soit suffisamment coercitif pour éviter qu’une dérive ne soit possible. Les constructions sociales et culturelles de l’Homme auront beau limiter les mauvais usages de ce pouvoir, ce n’est qu’une question de temps avant que cette barrière ne soit franchie, selon la loi des probabilités. 

Dit autrement, puisque la possibilité existe, celle-ci percera forcément un jour. Et c’est peut-être d’ailleurs ce qui s’est passé ? Après 3 millions d’années, il aura fallu d’un concours de circonstances pour qu’une partie des peuples humains s’engage sur cette voie différente, entraînant sous la contrainte tous les autres peuples de la planète en quelques millénaires. 
Si on ajoute à ça que lors du dernier siècle, la consommation d’énergie est partie en exponentielle de façon complètement incontrôlable, on peut penser que l’espèce humaine a acquis un pouvoir bien trop grand pour être capable d’en faire bon usage collectivement. Bien sûr, certains individus parmi nous voient les problèmes que posent les usages qui sont faits de l’énergie, mais collectivement, encore à ce jour, la majorité des autres humains n’est pas en capacité, de par leurs expériences de vies, de comprendre et d’agir sur cela.
Il serait tentant d’expliquer cet état de fait, en donnant pour cause la petite oligarchie qui s’est arrogé le pouvoir depuis déjà trop longtemps et qui fait son possible pour garder ses privilèges en gardant la majorité des peuples dans l’ignorance. C’est tentant, car en portant la faute sur des individus, on rend palpable l’ennemi à abattre. Ça serait oublier que ces individus, avec leurs défauts de corruption, sont les produits d’un système qui les précède. Ce système n’est pas uniquement une création naturelle, c’est l’ensemble des individus humains qui l’a créé, mais chacun d’entre eux avait une faible marge de manœuvre, agissant sous l’influence de son Histoire, de son génome et de sa culture, presque un domino parmi d’autres…

Nous sommes tous plongés dans une certaine inertie culturelle. Le fait que nous soyons capables de s’affranchir de la doxa à notre échelle, ne signifie pas pour autant que notre vision différente soit applicable dès maintenant pour l’ensemble de l’espèce. Si nous en arrivons à une opinion qui diffère de la majorité des autres membres de notre peuple, de notre espèce, cela ne signifie pas forcément que nous sommes “exceptionnels” ou plus “intelligents”. Il est plus probable que ça soit à nouveau l’influence des probabilités qui en soit la cause. Simple occurrence d’un phénomène de faible probabilité, ayant fait naître un individu, qui a vécu des expériences l’ayant amené à penser différemment le monde que ses contemporains.

L’ensemble de ces réflexions m’amène à croire, que l’humanité a suivi un chemin qu’elle ne pouvait faire autrement qu’emprunter, un jour ou l’autre. Emprisonné dans sa condition génétique, certes, de façon plus complexe qu’un lapin, mais au final, programmée et contrainte par son génome quand même. Une fatalité qui s’applique à l’échelle de l’espèce, et non pas à l’échelle individuelle. Le fait de choisir de croire en cette croyance, me donne un sentiment de “paix intérieur” avec ce que l’humanité à fait et fait encore. C’est un sentiment appréciable afin de continuer à vivre, sans ressasser pour autant une colère sans fin contre le reste de mes concitoyens et sans porter avec soi un sentiment d’injustice face à cette situation qui nous dépasse.
Mon éveil politique et écologique m’a fait traverser comme beaucoup d’autres, de nombreuses émotions, dont celle assez classique du deuil. Deuil d’un futur avorté, pourtant ni si rose ni si vert, mais difficile à traverser quand même : choc/dénis, colère, marchandage, dépression/tristesse et enfin acceptation. 
Ce sentiment, proche du “pardon” ou d’un “amour inconditionnel”, donne une dimension spirituelle à ma vie que j’apprécie et que j’aime à partager.

Clarifions toutefois quelques points. Cet état d’empathie, cette forme de pardon, n’est pas à confondre avec une indifférence apathique. Cela ne réduit en rien les combats politiques et philosophiques que je mène pour ma part. Au contraire, cela me permet de les aborder de façon différente, avec un angle de vue qui me permet je pense, de mieux affronter les difficultés. Face à moi, il s’agit toujours de combattre des idéologies et les individus qui les propagent, si je les pense nocifs pour le collectif. Mais, je n’ai pas à l’égard de mes adversaires idéologiques, de la haine. Chacun joue son rôle, défendant des idées, suite aux expériences de vie, dont nombreuses que nous n’avons pas choisies. Chacun essayant d’infléchir la direction du collectif, malgré les contraintes et les limites inhérentes à notre génome humain.

Puisque les contraintes physiques se rappellent à nous, afin de nous remettre en face d’une réalité trop longtemps niée, tous nos efforts doivent aller à préparer la descente énergétique que nous allons vivre.

La fatalité de la situation pour notre espèce, ne signifie pas forcément que les individus qui la composent devront vivre une vie de malheur. Faisons notre possible, afin de préserver la vie et afin de cultiver le bonheur et l’Amour au sein des êtres.