Se réapproprier sa culture

Se réapproprier sa culture ? Parce que je l’ai perdu ma culture ? Nous ? Nous l’avons perdu ? D’ailleurs c’est quoi notre culture en fait ?

Les définitions du mot “culture” ne manquent pas et diffèrent d’ailleurs très largement selon les domaines de recherches. Je prendrais donc pour point de départ la définition suivante : “la culture, c’est ce qui est commun à un groupe d’individus”, soit un sens plutôt sociologique.

Puisque c’est ce qui est commun à un groupe d’individus, elle contient forcément un caractère “politique”. La façon dont nous interagissons entre nous, dont nous mangeons, habitons, nous déplaçons… tout cela est politique. Pas forcément au sens où nous en débattons quotidiennement, mais simplement parce que tous ces éléments relèvent de choix de groupe, et non forcément de contraintes imposées par notre biologie ou notre environnement. Il convient donc de prendre un peu de recul parfois, pour saisir dans quel bain culturel nous vivons actuellement. Laissant ainsi à l’esprit, plus ou moins libéré, la possibilité d’explorer en dehors de sa propre doxa. Mieux se connaître dans le but, peut être, de changer dans nos vies ce qui ne nous convient plus.

La culture est omniprésente, c’est elle qui influence nos actes et pensées. À travers elle nous observons notre environnement, c’est la clef de notre “rapport au monde”. Ce monde, il est bien sûr constitué de nos alter-egos humains, mais aussi de la flore et de la faune, ou encore, d’éléments plus ou moins immuables de notre environnement, comme les montagnes, les rivières et les océans. Le piège serait de penser qu’il n’existe qu’une seule bonne façon d’être au monde, là nôtre. Que souhaitons-nous ? Un horizon d’uniformisation ? Ou un horizon de multi-culturalisme interagissant en coopération ?
Cette volonté d’uniformisation, on la retrouve sous diverses formes. Déjà dans les religions les plus étendues telles que le christianisme, le judaïsme ou encore le bouddhisme ; mais aussi dans le rapport géopolitique de certains États, qui font de l’impérialisme leur stratégie principale, pour interagir avec le reste des peuples de la planète. Convaincu que leur mode de vie est le plus “évolué” et le plus “désirable”. Les rendant ambitieux, au point de vouloir le partager, ou plutôt, de l’imposer, partout sur la planète. 

Prenons le cas de l’Europe, voire même de la France : je ne fais que constater sans cesse à quel point la culture Américaine phagocyte la nôtre. Culture étrangère qui sur  tous les aspects de nos vies, à institué  un “way of life” à l’américaine, emprunt d’un libéralisme débridé et individualiste. Où sont parties nos cultures régionales ? Nos façons de faire peuple ? Tous ces moments sociaux qui fondent le sentiment d’appartenance au groupe et véhicule les valeurs partagées. Aujourd’hui la culture Française se voit réduite à la consommation de cinéma et de séries américaines. Ces medias mettent en valeur nombre d’activités individuelles, souvent consuméristes, toujours écologiquement non viable. Même la culture culinaire Française n’est plus aussi bien entretenue, se voyant remplacer ses “chefs” par des “cuistots” qui n’ont ni désir ni vocation, à faire de la cuisine pour les autres. Toute cette culture “mondialiste”, faussement ouverte sur le reste du monde et sur les autres cultures. Ne défendant finalement que la liberté d’aller où bon lui semble, peu importe si celle-ci n’est pas généralisable et ne profite qu’à un petit nombre de privilégiés. 

Et à côté de ça, le malaise grandit, la crise de sens fait frissonner la société toute entière. On ne sait plus pour quel futur on se lève, vers quelle horizon on se dirige. Ah, il est venu le temps des anxiolytiques.
Nous cherchons encore à savoir ce qu’il nous “reste en commun”. Nous voyons nos services publics se faire détruire, découper et vendre sur le marché international. On nous prétexte alors, que c’est désormais “au marché” de pourvoir à tous nos besoins. Nous voyons ces jours fériés Français, qui bien qu’accueillis avec de la bonne humeur, ont perdu presque tout leurs sens initiaux. Même le dimanche, jour familial, jour collectif, jour en dehors du marché, nous a été arraché. Face à tout ça, le sentiment d’être isolé grandit, isolé parmi les autres isolés.

Ce sentiment, il n’émerge pas d’un simple effet de circonstance, il naît et est nourri, par notre façon de vivre ensemble. Et cette façon de vivre ensemble, elle est le fruit d’une vision du monde, qui anime les oligarques qui ont pris depuis déjà bien trop longtemps, notre façon d’interagir avec les autres entre leurs mains. Bien sûr, on résiste, nous Français, dubitatif sur tout, critique même parfois. Mais finalement, d’année en année on perd la guerre.
Tout est fait pour sacraliser l’individu, dans sa consommation, dans son développement, dans ses possessions, dans sa gloire sociale… et tout ça se fait avec en parallèle, un dénigrement du collectif. Toutes les échelles se font attaquer : services publics d’État, sécurité sociale, entreprises à caractère coopératif, syndicats, salariés qui souhaitent racheter leur entreprise en cas de faillite, associations d’intérêt publique et collectif recevant moins de subventions, mais aussi, les spiritualités, les collectifs citoyens…
Je m’étonne à chaque fois de constater comment nombre de Français critiquent les communautés, qu’elles soient religieuses, ethniques ou intentionnelles. Le mot même de “communauté” fait parfois peur. Alors qu’il s’agit là de solidarité, de partage, d’entraide, à l’échelle d’un voisinage, d’un territoire ou même au-delà des frontières physiques, par le numérique. Et cette solidarité, il suffit d’un rien pour qu’elle éclabousse au-delà de la sphère initiale, et profite ainsi à un quartier, une commune et plus encore.
Je me refuse à abandonner ce concept de communauté, que je vois trop souvent employé dans le vocabulaire des politiciens de droite, comme un fléau plutôt que comme une opportunité, qu’un bien précieux ou même qu’un espoir !

Moi-même Breton, je sais que sur le territoire où j’habite, habitais avant moi un peuple, avec sa culture, ses rituels, sa façon d’être au monde qui lui était propre. Cette culture, elle a été écrasée par l’État Français, qui comme beaucoup d’autres États, à tout fait pour uniformiser sa population, et par la violence, propagé le mode de vie souhaité. Et ce faisant, l’État Français a laissé un vide, un vide culturel, jamais vraiment comblé par une république aux belles valeurs, trop peu souvent mise en pratique. Jamais remplacé vraiment, avec ce que la modernité nous a promis. De ce passé, de celui que la France a fait subir à d’autres peuples, j’en ai parfois honte.
Récemment, au fil de mes lectures, j’ai rencontré ce questionnement :  

“Nous considérons-nous comme les descendants de ceux qui ont été ravagés
ou comme les descendants des ravageurs ?”

Plutôt que de réparer un passé commis par nos ancêtres, essayant alors de remplacer le vide laisser par leur passage ; on peut choisir de puiser dans l’énergie d’un peuple, qui souhaitait vivre différemment. Se voir comme parmi les descendants de ceux qui ont été ravagés, c’est reprendre la responsabilité de faire vivre une autre culture. Un choix culturel, donc, un choix politique, donc, un choix militant.
Un choix qui peut venir combler le besoin de réappropriation de sa culture, de vivre et revivre ensemble dans un autre rapport au monde. Et tant qu’à en réinventer un, autant l’imaginer plus durable, plus résilient, plus collectif, plus tout ce qu’on en aura envie, tant qu’on en aura choisie collectivement les termes !

Et pas besoin d’attendre, cela peut se faire dès maintenant, là où on est, avec les gens qui constituent notre quotidien. Pas besoin n’ont plus de faire compliquer, il faut bien commencer quelque part, et la moindre des choses, c’est de faire des erreurs en chemin !
Pour ma part, nous avons déjà pu expérimenter, au dernier solstice d’hiver, une autre façon de le passer ensemble. Nous avons eu la chance de passer cette journée du 21 décembre en famille, et à cette occasion, nous avons proposé à chacun, de prendre le temps pour montrer son Amour à ses proches. Pour cela, nous avons utilisé les 5 langages de l’Amour. Avec une approche cette fois-ci consciente, consistant à montrer son amour via : les compliments, le toucher, les cadeaux, les temps de qualités ou encore le fait de rendre service.
À l’issue de cette journée, nous avons aussi pris un temps, après le repas, en allumant une simple bougie au centre de la table, puis en lisant chacun à notre tour, une courte lettre, écrite pour l’occasion, et s’adressant aux autres personnes présentes. Dans cette lettre, chacun était invité à partager de la gratitude, de l’amour ou encore des remerciements pour ses proches. C’était là, l’occasion de dire ce que l’on pense souvent tout bas, sans jamais oser le dire tout haut. Selon les personnes, cela allait d’une simple phrase à un texte de plusieurs pages. Tous, nous avons écoutés et communiés (vivre quelque chose en commun avec autrui). Et le moins que je puisse dire, c’est que c’était très beau, plein d’émotions et revigorant.

Cela a renforcé mon idée qu’il est temps pour nous tous de réinventer notre culture. De ne plus être qu’un simple figurant, mais aussi, d’être des acteurs proactifs dans ce qui leur arrive. Je suis convaincu que le bonheur se trouve à l’échelle collective, et qu’il ne demande qu’à être cherché. 

Aux intellectuels qui liront ce texte, j’espère vous avoir donné envie de défendre cette réappropriation culturelle, plutôt que de le disqualifier d’office dans une vague accusation de risque de sectarisme spirituel. À tous, j’espère vous avoir suffisamment inspiré pour que vous vous y essayez, dès maintenant ou dans quelques années, à sortir des schémas imposés, pour explorer ce monde de la création culturelle.