Se réapproprier sa culture

Se réapproprier sa culture ? Parce que je l’ai perdu ma culture ? Nous ? Nous l’avons perdu ? D’ailleurs c’est quoi notre culture en fait ?

Les définitions du mot “culture” ne manquent pas et diffèrent d’ailleurs très largement selon les domaines de recherches. Je prendrais donc pour point de départ la définition suivante : “la culture, c’est ce qui est commun à un groupe d’individus”, soit un sens plutôt sociologique.

Puisque c’est ce qui est commun à un groupe d’individus, elle contient forcément un caractère “politique”. La façon dont nous interagissons entre nous, dont nous mangeons, habitons, nous déplaçons… tout cela est politique. Pas forcément au sens où nous en débattons quotidiennement, mais simplement parce que tous ces éléments relèvent de choix, et non forcément de contraintes imposées par notre biologie ou notre environnement. Il convient donc de prendre un peu de recul parfois, pour saisir dans quel bain culturel nous vivons actuellement. Laissant ainsi à l’esprit, plus ou moins libéré, la possibilité d’explorer en dehors de sa propre doxa, et d’ainsi mieux se connaître dans le but de peut-être, changer dans nos vies ce qui ne nous convient plus.

La culture est omniprésente, c’est elle qui influencent nos actes et pensées, créant ainsi notre “rapport au monde”. Ce monde, il est bien sûr constitué de nos alter-egos humains, mais aussi de la flore et de la faune, ou encore, d’éléments plus ou moins immuables de notre environnement, comme les montagnes, les rivières et les océans. Le piège serait de penser qu’il n’existe qu’une seule bonne façon d’être au monde, de faire culture, de faire société… Que souhaitons-nous ? Un horizon d’uniformisation ? Ou un horizon de multi-culturalisme interagissant en coopération ?
Cette volonté d’uniformisation, on la retrouve sous diverses formes. Déjà dans les religions les plus étendues telles que le christianisme, le judaïsme ou encore le bouddhisme ; mais aussi dans le rapport géopolitique de certain État, qui font de l’impérialisme leur stratégie principale, pour interagir avec le reste des peuples de la planète. Convaincu que leur mode de vie est le plus “évolué” et le plus “désirable”, ambitieux au point de vouloir le partager (lire “l’imposer”) partout sur la planète.

Prenons le cas de l’Europe, voir même de la France : je ne fais que constater sans cesse à quel point la culture Américaine phagocyte la nôtre. Englobant tous les aspects de nos vies, instituant un “way of life” à l’américaine, emprunt d’un libéralisme débridé et individualiste. Où sont parties nos cultures régionales ? Nos façons de faire peuple ? Tous ces moments sociaux qui fondent le sentiment d’appartenance au groupe et véhicule les valeurs partagées. Aujourd’hui la culture Française se voit réduite à la consommation de cinéma et de séries américaines. Mettant en valeur nombre d’activités individuelles, souvent consuméristes, toujours écologiquement non viable. Même la culture culinaire Française n’est plus aussi bien entretenue, se voyant remplacer ses “chefs” par des “cuistots” qui n’ont ni désir ni vocation, à faire de la cuisine pour les autres. Toute cette culture “mondialiste”, faussement ouverte sur le reste du monde et sur les autres cultures. Ne défendant finalement que la liberté d’aller où bon lui semble, peu importe si celle-ci n’est pas généralisable et ne profite qu’à un petit nombre de privilégiés. 

Et à côté de ça, le malaise grandit, la crise de sens fait frissonner la société tout entière. On ne sait plus pour quel futur on se lève, vers quelle horizon on se dirige. Ah, il est venu le temps des anxiolytiques.
Nous cherchons encore à savoir ce qu’il nous “reste en commun”. Nous voyons nos services publics se faire détruire, découper et vendre sur le marché international, et on nous prétexte alors, que c’est désormais “au marché” de pourvoir à tous nos besoins. Nous voyons ces jours fériés Français, qui bien qu’accueillis avec de la bonne humeur, ont perdu presque tout leurs sens initiaux. Même le dimanche, jour familial, jour collectif, jour en dehors du marché, nous a été arraché. Face à tout ça, le sentiment d’être isolé grandit, isolé parmi les autres isolés.

Ce sentiment, il n’émerge pas d’un simple effet de circonstance, il naît et est nourri par notre façon de vivre ensemble. Et cette façon de vivre ensemble, elle est le fruit d’une vision du monde, qui anime les oligarques qui ont pris depuis déjà bien trop longtemps, le destin de la nation entre leurs mains. Bien sûr, on résiste, nous Français, dubitatif sur tout, critique même parfois. Mais finalement, d’année en année on perd la guerre.
Tout est fait pour sacraliser l’individu, dans sa consommation, dans son développement, dans ses propriétés, dans sa gloire sociale.. et tout ça se fait avec en parallèle, un dénigrement du collectif. Toutes les échelles se font attaquer : services publics d’État, sécurité sociale, entreprises à caractère coopératif, syndicats, salariés qui souhaitent racheter leur entreprise en cas de faillite, associations d’intérêt publique et collectif recevant moins de subventions, dénigrement des spiritualités, dénigrements des collectifs citoyens…
Je m’étonne à chaque fois de constater comment nombre de Français critiquent les communautés, qu’elles soient religieuses, ethniques ou intentionnelles. Le mot même de “communauté” fait parfois peur. Alors qu’il s’agit là de solidarité, de partage, d’entraide, à l’échelle d’un voisinage, d’un territoire ou même au-delà des frontières physiques, par le numérique. Et cette solidarité, il suffit d’un rien pour qu’elle éclabousse au-delà de la sphère initiale, et profite ainsi à un quartier, une commune et plus encore.
Je me refuse à abandonner ce concept de communauté, que je vois trop souvent employé dans le vocabulaire des politiciens de droite, comme un fléau plutôt que comme une opportunité, qu’un bien précieux ou même qu’un espoir !

Moi-même Breton, je sais que sur le territoire où j’habite, habitais avant moi un peuple, avec sa culture, ses rituels, sa façon d’être au monde qui lui était propre. Cette culture, elle a été écrasée par l’État Français, qui comme beaucoup d’autre État, à tout fait pour uniformiser sa population, et par la violence, propagé le mode de vie souhaité. Et ce faisant, l’État Français a laissé un vide, un vide culturel, jamais vraiment comblé par une république aux belles valeurs, mais trop peu souvent mise en pratique. Jamais remplacé vraiment, avec ce que la modernité nous a promis. De ce passé, de celui que la France a fait subir à d’autres peuples, j’en ai parfois honte.
Récemment, au fil de mes lectures, j’ai rencontré ce questionnement :  

“Nous considérons-nous comme les descendants de ceux qui ont été ravagés
ou comme les descendants des ravageurs ?”

Plutôt que de réparer un passé commis par nos ancêtres, essayant alors de remplacer le vide laisser par leur passage ; on peut choisir de puiser dans l’énergie d’un peuple, qui souhaitait vivre différemment. Se voir comme parmi les descendants de ceux qui ont été ravagés, c’est reprendre la responsabilité de faire vivre une autre culture. Un choix culturel, donc un choix politique, donc un choix militant.
Un choix qui peut venir combler le besoin de réappropriation de sa culture, de vivre et revivre ensemble dans un autre rapport au monde. Et tant qu’à en réinventer un, autant l’imaginer plus durable, plus résilient, plus collectif, plus tout ce qu’on en aura envie, tant qu’on en aura choisie collectivement les termes !

Et pas besoin d’attendre, cela peut se faire dès maintenant, là où on est, avec les gens qui constituent notre quotidien. Pas besoin n’ont plus de faire compliquer, il faut bien commencer quelque part, et la moindre des choses, c’est de faire des erreurs en chemin !
Pour ma part, nous avons déjà pu expérimenter, au dernier solstice d’hiver, une autre façon de le passer ensemble. Nous avons eu la chance de passer cette journée du 21 décembre en famille, et à cette occasion, nous avons proposé à chacun, de prendre le temps pour montrer son Amour à ses proches. Pour cela, nous avons utilisé les 5 langages de l’Amour. Avec une approche cette fois-ci consciente, consistant à montrer son amour via : les compliments, le toucher, les cadeaux, les temps de qualités ou encore le fait de rendre service.
À l’issue de cette journée, nous avons aussi pris un temps, après le repas, en allumant une simple bougie au centre de la table, puis en lisant chacun à notre tour, une courte lettre, écrite pour l’occasion, et s’adressant aux autres personnes présentes. Dans cette lettre, chacun était invité à partager de la gratitude, de l’amour ou encore des remerciements pour ses proches. C’était là l’occasion de dire ce que l’on pense souvent tout bas, sans jamais oser le dire tout haut. Selon les personnes, cela allait d’une simple phrase à un texte de plusieurs pages. Tous, nous avons écoutés et communiés (vivre quelque chose en commun avec autrui). Et le moins que je puisse dire, c’est que c’était très beau, plein d’émotions et revigorant.

Cela a renforcé mon idée qu’il est temps pour nous tous de réinventer notre culture. De ne plus être qu’un simple figurant, mais aussi, d’être des acteurs proactifs dans ce qui leurs arrive. Je suis convaincu que le bonheur se trouve à l’échelle collective, et qu’il ne demande qu’à être cherché. 

Aux intellectuels qui liront ce texte, j’espère vous avoir donné envie de défendre cette réappropriation culturelle, plutôt que de le disqualifié d’office dans une vague accusation de risque de sectarisme spirituel. À tous, j’espère vous avoir suffisamment inspiré pour que vous vous y essayez, dès maintenant ou dans quelques années, à sortir des schémas imposés, pour explorer ce monde de la création culturelle. 

L’humanité est elle à la hauteur ?

De quoi sommes-nous capables ? Dépasser telle difficulté, atteindre tel objectif, poursuivre tel rêve… La liberté offerte par la condition humaine à parfois de quoi donner le vertige !
Cette liberté, elle nous est offerte par la nature, qui nous a dotés d’un cerveau, capable de penser le monde et de dépasser certaines des limites inhérentes à notre corps physique.
Ces derniers siècles, et plus particulièrement ces dernières décennies, l’humain à vécu cette sensation de dépassement de soi avec tellement d’intensité que nombreux sont ceux qui en sont arrivés à “croire” au “progrès” et en la “modernité”, au même titre que l’on croit en une religion.
Un des rouages essentiels à cette mécanique de dépassement des limites, est l’usage d’une énergie extrinsèque à nos corps, j’ai nommé : les énergies fossiles. Sans l’usage de ces énergies, jamais, l’humain n’aurait été capable de transformer, ou plutôt devrais-je dire détruire, autant son environnement.

Nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour demander un changement de direction, un changement de paradigme, un changement de culture, voire même, la fin de la “civilisation”. Ce faisant, ils demandent aux membres de leur espèce, ou à certains d’entre eux, de contribuer à modifier la trajectoire collective que nous avons suivie depuis déjà bien trop longtemps, provoquant des dégâts déjà irréversibles sur notre planète. 

Les questions que je souhaite explorer ici, sont les suivantes :
Sommes-nous capables, en tant qu’espèce, d’un tel changement ?
Notre espèce était-elle capable d’éviter la situation dans laquelle nous sommes ?

Bien que nous pouvons être tentés de penser qu’il n’y a pas de limites “au génie humain”, je souhaite d’abord faire constater que nous sommes dotés d’un corps, avec son génome, de même que l’ensemble de la faune et  de la flore terrestre. Et c’est ce génome, qui définit les capacités et les limites qui sont les nôtres dans l’usage de nos corps et de notre esprit. Par conséquent, il devient légitime de se demander : est-ce que l’évolution nous a doté des capacités nécessaires à notre survie dans la situation globale actuelle ?
Si on met des lapins dans une prairie entièrement clôturé pour empêcher toute entrée / sortie, soit en somme, un monde “fini”. Ces lapins vont vivre leur vie, tels que leur génome leur suggère, consommant ainsi les ressources de la prairie, et se reproduisant tout naturellement. Or, bien sûr, une croissance infinie dans un monde fini n’étant physiquement pas possible. À force de se reproduire, le nombre de lapins présents dans la prairie va dépasser les capacités de charge de la prairie elle-même, provoquant son effondrement, et entraînant avec elle la chute de la population de lapins. Dans cet exemple, le lapin n’a pas été doté par la nature d’une capacité à s’auto-réguler vis-à-vis de sa consommation de ressources et de sa natalité. Ce qui se passe, est proche d’un phénomène physique, reproductible à l’infini dans les mêmes conditions. 
Peut-on faire le même parallèle avec l’humain ? À la différence du lapin, il peut penser sa situation et adapter son comportement. Toutefois, si ce phénomène fonctionne à l’échelle individuelle, il ne suffit pas qu’il soit possible à l’échelle individuelle pour que le collectif soit en capacité de s’en saisir de la même façon. Là encore, nombreux sont les lanceurs d’alertes qui, tout au long des derniers siècles, ont identifié des problèmes civilisationnels et qui ont été décriés par leurs contemporains. Pour atteindre une échelle collective, il est presque nécessaire de mettre en place des pratiques culturelles. Celles-ci feront office de véhicule de valeur pour que des mœurs s’appliquent à plus grande échelle. Nous, humains, n’avons pas la capacité physique à “informer” l’ensemble de nos paires de façon instantanée d’une situation problématique. L’internet et les flux d’informations ont bien sûr transformé notre façon de percevoir le monde, en élargissant notre capacité à voir celui-ci au-delà de nos propres yeux. Mais là encore, on tombe sur une limite : le monde est trop riche et trop complexe pour rentrer dans nos cerveaux humains. Nos modes de vie actuelles n’ont pas réussi à s’affranchir de la limite temporelle, composante pourtant essentielle pour acquérir du savoir et penser le monde. 

À quel point nos vies peuvent-elles être comparées à des flux physiques, aux règles bien établies, et desquelles nous ne pourrions nous affranchir ? Quand on regarde le passé, on trouve une cohérence dans toutes les étapes que l’humanité a franchies. Le chemin est constitué de milliards de milliards de mini-événements dont les causes prennent racine dans les événements précédents. Tel un domino qui fait tombé le suivant et qui s’associe à bien d’autres, formant une fresque dont le contrôle individuel et même collectif est souvent bien limité.

Pendant 3 millions d’années, l’espèce humaine à réussi à vivre, non sans impact sur son environnement bien sûr, mais sans détruire suffisamment son environnement pour empêcher la vie de repartir. Ce qu’on appelle désormais les “peuples premiers” vivent dans des cultures en équilibre avec leur territoire, pouvant se répéter en théorie, indéfiniment, si les conditions ne changent pas. Le virage qui nous a fait dévier de cette trajectoire, apparaît il y a seulement quelques dizaines de milliers d’années, un si bref instant, à l’échelle des 3 millions d’années qui ont précédé. Ce virage, selon moi, prend sa source dans le sujet de l’énergie. Toute transformation du monde physique passe par l’énergie, tout ce qui vous entoure à nécessité de l’énergie. Et la nature a donné à l’Humain, simple primate, doté d’un corps capable de convertir la nourriture qu’il ingère en énergie, comme beaucoup d’autres, la capacité à utiliser en plus de celle de son propre corps, une énergie extérieure à lui-même. La gravité, le feu, celle des autres espèces, le soleil, le vent, l’eau puis le charbon, le gaz, le pétrole et même le nucléaire. Autant de façons de faire usage d’énergie extérieur à nos corps, nous donnant ainsi la capacité de transformer le monde. L’humain avait-il la capacité dans son génome à se refuser l’utilisation d’énergie extérieure ? L’évolution semble plutôt l’avoir “poussée” dans cette direction, qui à travers un mécanisme d’essais-erreurs, l’a amené à faire usage de ces énergies externes.  

Ce faisant, l’espèce humaine se voit remettre une responsabilité importante, qu’implique l’usage de ces énergies, de par le pouvoir de transformation qu’elles permettent et de par la quantité d’énergie dont l’humain a pu acquérir l’usage.
Or, on constate qu’à partir du moment où l’on donne du pouvoir à un humain, ou à un groupe d’humains, la probabilité qu’un mauvais usage en soit fait, existe. Nous n’avons pas de mécanisme d’auto-contrôle dans notre génome qui soit suffisamment coercitif pour éviter qu’une dérive ne soit possible. Les constructions sociales et culturelles de l’Homme auront beau limiter les mauvais usages de ce pouvoir, ce n’est qu’une question de temps avant que cette barrière ne soit franchie, selon la loi des probabilités. 

Dit autrement, puisque la possibilité existe, celle-ci percera forcément un jour. Et c’est peut-être d’ailleurs ce qui s’est passé ? Après 3 millions d’années, il aura fallu d’un concours de circonstances pour qu’une partie des peuples humains s’engage sur cette voie différente, entraînant sous la contrainte tous les autres peuples de la planète en quelques millénaires. 
Si on ajoute à ça que lors du dernier siècle, la consommation d’énergie est partie en exponentielle de façon complètement incontrôlable, on peut penser que l’espèce humaine a acquis un pouvoir bien trop grand pour être capable d’en faire bon usage collectivement. Bien sûr, certains individus parmi nous voient les problèmes que posent les usages qui sont faits de l’énergie, mais collectivement, encore à ce jour, la majorité des autres humains n’est pas en capacité, de par leurs expériences de vies, de comprendre et d’agir sur cela.
Il serait tentant d’expliquer cet état de fait, en donnant pour cause la petite oligarchie qui s’est arrogé le pouvoir depuis déjà trop longtemps et qui fait son possible pour garder ses privilèges en gardant la majorité des peuples dans l’ignorance. C’est tentant, car en portant la faute sur des individus, on rend palpable l’ennemi à abattre. Ça serait oublier que ces individus, avec leurs défauts de corruption, sont les produits d’un système qui les précède. Ce système n’est pas uniquement une création naturelle, c’est l’ensemble des individus humains qui l’a créé, mais chacun d’entre eux avait une faible marge de manœuvre, agissant sous l’influence de son Histoire, de son génome et de sa culture, presque un domino parmi d’autres…

Nous sommes tous plongés dans une certaine inertie culturelle. Le fait que nous soyons capables de s’affranchir de la doxa à notre échelle, ne signifie pas pour autant que notre vision différente soit applicable dès maintenant pour l’ensemble de l’espèce. Si nous en arrivons à une opinion qui diffère de la majorité des autres membres de notre peuple, de notre espèce, cela ne signifie pas forcément que nous sommes “exceptionnels” ou plus “intelligents”. Il est plus probable que ça soit à nouveau l’influence des probabilités qui en soit la cause. Simple occurrence d’un phénomène de faible probabilité, ayant fait naître un individu, qui a vécu des expériences l’ayant amené à penser différemment le monde que ses contemporains.

L’ensemble de ces réflexions m’amène à croire, que l’humanité a suivi un chemin qu’elle ne pouvait faire autrement qu’emprunter, un jour ou l’autre. Emprisonné dans sa condition génétique, certes, de façon plus complexe qu’un lapin, mais au final, programmée et contrainte par son génome quand même. Une fatalité qui s’applique à l’échelle de l’espèce, et non pas à l’échelle individuelle. Le fait de choisir de croire en cette croyance, me donne un sentiment de “paix intérieur” avec ce que l’humanité à fait et fait encore. C’est un sentiment appréciable afin de continuer à vivre, sans ressasser pour autant une colère sans fin contre le reste de mes concitoyens et sans porter avec soi un sentiment d’injustice face à cette situation qui nous dépasse.
Mon éveil politique et écologique m’a fait traverser comme beaucoup d’autres, de nombreuses émotions, dont celle assez classique du deuil. Deuil d’un futur avorté, pourtant ni si rose ni si vert, mais difficile à traverser quand même : choc/dénis, colère, marchandage, dépression/tristesse et enfin acceptation. 
Ce sentiment, proche du “pardon” ou d’un “amour inconditionnel”, donne une dimension spirituelle à ma vie que j’apprécie et que j’aime à partager.

Clarifions toutefois quelques points. Cet état d’empathie, cette forme de pardon, n’est pas à confondre avec une indifférence apathique. Cela ne réduit en rien les combats politiques et philosophiques que je mène pour ma part. Au contraire, cela me permet de les aborder de façon différente, avec un angle de vue qui me permet je pense, de mieux affronter les difficultés. Face à moi, il s’agit toujours de combattre des idéologies et les individus qui les propagent, si je les pense nocifs pour le collectif. Mais, je n’ai pas à l’égard de mes adversaires idéologiques, de la haine. Chacun joue son rôle, défendant des idées, suite aux expériences de vie, dont nombreuses que nous n’avons pas choisies. Chacun essayant d’infléchir la direction du collectif, malgré les contraintes et les limites inhérentes à notre génome humain.

Puisque les contraintes physiques se rappellent à nous, afin de nous remettre en face d’une réalité trop longtemps niée, tous nos efforts doivent aller à préparer la descente énergétique que nous allons vivre.

La fatalité de la situation pour notre espèce, ne signifie pas forcément que les individus qui la composent devront vivre une vie de malheur. Faisons notre possible, afin de préserver la vie et afin de cultiver le bonheur et l’Amour au sein des êtres. 

Les conditions de notre soumission

On le sait non ?
Que ce système ne mène à rien de bon sur le long terme. Que nous sommes en train de détruire notre futur et celui de nos enfants.

Et pourtant, on y participe, tel un rouage imbriqué dans une gigantesque machine qui nous entraîne. Impulsant,  plus ou moins consciemment presque chacune de nos pensées et presque chacun de nos gestes. Nous voilà reliés au système, dans toutes les directions, de telle sorte que nos liens ne nous libèrent plus, mais nous attachent, nous maintiennent. Nous sommes perdus au milieu d’un sac de noeuds, collant comme une toile d’araignée, et si dense, qu’aucune sortie n’est en vue. D’où nous vient cette impuissance ? Qu’est-ce nous empêche enfin d’écouter ce que notre logique nous crie de l’intérieur, et de mettre en acte la si bonne résolution du film “L’an 01” : “On arrête tout.” ?

L’impuissance n’existe pas seule, elle fait forcément partie d’un couple oppresseur-oppressé, autoritaire-impuissant. Alors qui est l’oppresseur ? Sommes-nous impuissants face à notre famille ? face à notre patron ? face à nos entreprises ? face à notre gouvernement ? Tout ça semble faire “système”, apposant son autorité stratifiée sur les différentes couches de nos vies.
Or, pour qu’un système basé sur l’autorité perdure, il doit nécessairement s’assurer que les conditions de son maintien soient constamment renforcées :

“On ne peut contrôler les autres à moins de les garder dans la dépendance et la crainte, et de les empêcher de fuir la relation”

Je cite ici le docteur Thomas Gordon dans son livre “Eduquer sans punir”. Pourtant, je suis sûr que vous pouvez voir en quoi cette citation s’applique à notre système politique, envahi par un capitalisme libéral farouche.
Disons-le, tout ça n’a évidemment rien de nouveau et prend racine bien antérieurement à notre ère “moderne”. C’est dès le début des civilisations humaines que s’installent des rapports d’autorité. L’avènement des “villes” a nécessité la mise en place de nombreux flux venant de l’extérieur pour perdurer. S’en suit alors l’instauration d’un système permettant d’extorquer aux peuples ruraux les besoins nécessaires à la survie des villes. Un système qui a su s’inventer une légitimité en s’imposant bien souvent par la violence et l’autorité. Car vous l’avez compris, si on se contente de forcer quelqu’un ou une communauté à suivre des actions qui ne lui sont pas profitables, on ne fait que semer les graines de la révolte prochaine. Il s’agit donc de rapidement mettre en place un lien de dépendance plus ou moins réel : tel qu’une promesse de protection militaire ou bien souvent un asservissement par la monnaie (dette et impôt). Cette façon de fonctionner persiste de nos jours, l’Etat maintient sa coercition en utilisant les mêmes leviers, tandis que d’autres se sont aussi ajoutés au cours du dernier siècle. Nos modes de vie occidentaux sont de plus en plus coupés de nos territoires de vie, on vit “hors-sol”. Nous avons laissé l’Etat et le système capitaliste qu’il protège nous déposséder au fil des décennies, de nos capacités à faire face de façon autonome, individuellement ou avec nos communautés locales. La dépendance au système s’est ainsi accentuée, coupant même la transmissions des savoirs générationnels : nos personnes âgées se sentent dépassées par leur temps et ont bien souvent abandonné la transmission de leurs savoirs. Pourquoi est-ce que je lui apprendrais à fabriquer sa propre lessive ? A tuer et préparer une poule ? A faire des conserves ? La “société” est là pour combler ces besoins ! En, plus de ça, les messages visant à humilier ces savoirs n’ont pas manqués pour décrédibiliser ce mode de vie dit “non moderne”. La dépendance se construit, s’intègre et se répand..

Le salaire, emblème de notre soumission, apparaît aujourd’hui comme le seul accès au bonheur possible. Ne pas le rechercher, serait “tomber dans l’insécurité permanente”. Pourtant, la crainte ne quitte pas le salarié, vivant dans une société de chomage structurel, entretenu pour mieux jouer sur ses craintes. Ainsi, on somme aux parents d’élever des enfants “productif”, qui auront pour objectif principal de devenir insérables dans l’appareil de production, sous couvert de son bonheur personnel. Nous sommes maintenu via la crainte, évitant ainsi que de trop nombreux citoyens décident de faire un pas de côté pour emprunter un autre chemin que celui imposé.
C’est là, tout le travail de la classe ploutocratique-oligarchique qui les entretiens. En France, la survie physique étant dans la majorité des cas assurée, c’est à la survie sociale que les stratégies marketing s’attaquent. On prône ainsi les dernières nouveautés, la mode, l’actualité au savoir, la consommation à outrance, les voyages à l’autre bout du monde… Tout doit devenir critère de démarcation pour mieux entraîner les foules dans dans mouvement ostentatoires de consommation comme un moyen de “survie sociale”. Les défenseurs de cette façon de faire société dessine ainsi une culture, à tendance mondialiste, qui souhaite assimiler l’ensemble de l’humanité derrière elle, servant ainsi le capitale qui est le gagnant incontesté de cette culture destructrice des hommes et de la nature. Pour cela, elle entretien la “crainte” de s’approcher de toute autre alternative crédible. Celle-ci pourrait atteindre le capital “social” du citoyen cherchant à faire autrement que le troupeau. Nos craintes sont nourries extérieurement à nous-mêmes..

Reste un dernier pré-requis, au maintien de cet autoritarisme : empêcher les oppressés de fuir la relation. Si la dépendance et la crainte ne suffit plus à maintenir le troupeau, il faut là aussi faire usage de la violence. Le cas de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, sur ce point, est emblématique. Des individus s’allient pour protéger l’intégrité d’un territoire face à un projet écologiquement destructeur, s’inventant dès lors un nouveau mode de vie, en marge du système. La créativité humaine s’exprime à pleins poumons pour traverser les difficultés techniques et humaines liées aux contraintes de “vivre sans” les institutions Françaises. Une véritable “innovation sociétale” est à l’oeuvre !
Depuis, le projet de construction d’un aéroport a été abandonné, laissant croire à une victoire des activistes. Disons-le, c’en est une. Mais la plus grande des batailles à été perdue ensuite, alors même qu’une partie des soutiens se désolidarisaient du mouvement. Cette bataille, c’est celle de “l’existence d’une autre façon de faire société”. Puisque l’usage des “forces de l’ordre” n’a pas suffi, c’est l’arsenal juridique de l’Etat qui s’est attaqué aux communautés sur place. Celles-ci souhaitait que les terres soient détenues collectivement d’un point de vue juridique, permettant de maintenir ce qui avait été construit au fil des années de luttes. L’Etat à tout faire pour dissoudre ces communautés en leur imposant comme seule solution de sortie, non négociable, des projets agricoles au caractère individuel, qui serait jugé “viable” ou non par la commission Étatique. La fuite devait être bouchée…
Plus récemment, alors même que de plus en plus de citoyens envisagent de vivre en habitat léger, dans des modes de vie plus minimalistes, le Sénat Français a voté une loi permettant aux maires qui le veulent de sanctionner ce type d’habitat via une amende de 500€ par jour. Mettant ainsi ce mode de vie en péril en instituant un pouvoir qui, au gré des municipales, peut vous demander de quitter le territoire.
Si le citoyen peut obtenir ce qu’il recherche (le bonheur et la sécurité ?), autrement que dans la relation qu’il entretient avec le système autoritaire auquel il est relié, alors évidemment, il s’éloignera de cette relation.

Voilà les conditions de notre soumission mise en lumière. Le constat peut d’abord être terrifiant, mais ne doit pas nous empêcher d’agir avec audace. Pour nous, pour nos enfants, l’échec n’est pas acceptable, mais plus encore, le fait de ne même pas essayer, quitte à perdre la tête haute, serait encore plus regrettable.

Je laisse le mot de la fin à Alain Damasio à travers un paraphe qui signe bien son dernier roman “Les Furtifs” :
“L’intelligence de l’histoire implique, il me semble, que nous acceptions que les véritables changements aient quelque chose de nécessairement invisible. Dans la mesure où c’est précisément cette invisibilité aux capteurs des dominants, à leur récupération prédatrice, qui leur offre l’espace et le temps indispensables pour se déployer.”

Est-on signifiant ?

Nous-même ? Notre espèce ? C’est en tout cas la question que la très bonne mini-série d’Arte “Une espèce à part” s’est permis d’explorer à l’échelle de notre espèce humaine. Revenant ainsi sur nos croyances, certaines construites au fil des siècles, parfois entretenues par différentes religions. La démonstration est saisissante, replaçant l’Homme à la place que la nature lui a assignée. Chaque épisode se conclut par cette question “L’Homme, ne serait-il pas… insignifiant ?”. Prendre de la hauteur sur cette question peut parfois donner le vertige, tant elle se révèle être une question existentielle. On en arrive rapidement à se poser des questions telles que : pourquoi je vis ? quel est le but de ma vie ? Des questions qui dérangent parfois l’esprit, et c’est bien pourquoi nombreuses sont les spiritualités qui ont cherché à combler ce vide.

Ouvrons une fois de plus cette question philosophique, au risque de se faire mordre un peu !
La quête du Sens semble ancrée dans notre génétique, on la retrouve notamment dans l’apprentissage, qui ne peut être réellement efficace que s’il est soutenu par un besoin qui fait “sens” pour l’apprenant. C’est la même logique qui s’applique dans la question “pourquoi je vis ?”. L’être humain recherche la motivation qui le fera traverser cette vie, constituée d’un large panel d’émotions aux déclinaisons variées, parfois “difficile à vivre”.
Je me propose ici, non pas d’énumérer les nombreuses réponses que l’on peut trouver à cette question, qui d’ailleurs se combinent bien souvent pour former une réponse plus complexe et plus signifiante. Mais à la place, je vous propose d’ajouter une piste possible, qu’il me plaît de garder en tête :

Une de nos caractéristiques spécifiques est de naître à la fois avec un cerveau immature et doté d’un corps fragile, qui ensemble, ne nous offrent que peu d’autonomie. Commence alors la longue quête du savoir, le bébé capte de son environnement, à travers ces 5 sens, les savoirs essentiels à sa survie physique et sociale. Lorsque cette curiosité est entretenue (ou ravivée), elle peut se poursuivre jusqu’à la mort de l’individu.
Entrer dans une quête perpétuelle du savoir, pour se faire “grandir” soi, pour faire grandir les autres et avec nous l’humanité, peut donner un but signifiant à notre existence.

Bien sûr, la question qui vient tout de suite après c’est : “grandir” oui, mais dans quelle direction ? Que signifie grandir ? Paradoxalement, la réponse peut se trouver sur le chemin de la quête du savoir. Alors que l’on chemine vers notre but, il s’agit en même temps de se demander : dans quel monde je souhaite vivre ? Quel projet de société je construis ? Comment puis-je rendre le monde meilleur selon mes valeurs avec le savoir que j’obtiens ?Comme le disait souvent un de mes professeurs de collège : “El saber es el poder”, soit en français “Le savoir, c’est le pouvoir”. Pouvoir sur ? Pouvoir de ? Il ne vous aura pas échappé que nombreux sont les êtres humains en recherche de “pouvoir”, et qui bien souvent, en font usage pour leurs projets personnels ou ceux de leurs groupes sociaux. C’est d’autant plus vrai dans nos sociétés “modernes” à tendances capitalo-individualistes. Nos enfants sont bien souvent façonnés dans ce moule, par l’école, leur parents et la société qui les entoure.
Pourtant, en s’attachant à poser les bonnes questions, au fil de cet apprentissage sans fin, je suis persuadé que nous avons là un outil formidable pour que l’humanité puisse emprunter les chemins qui la mèneront à la capacité de se perpétuer indéfiniment.

Peut-être cette quête commence à faire sens pour vous ? Certains se rappelleront : “Si je suis insignifiant, que pourrais-je apporter à ce monde ? Tout as déjà été lu, vu, fait, appris !”.

Certes, il est peu probable que vous accédiez à des lectures ésotériques, vous permettant d’apporter autour de vous un savoir trop longtemps gardé en petit comité. Mais pourtant, il y a une chose qui fait toute la singularité de votre approche : l’ordre dans lequel vous accédez aux savoirs. N’avez-vous jamais remarqué comment le hasard semble bien faire les choses parfois ? Vous avez lu un livre et le lendemain un exemple concret s’offre à vous ! Un ami vous parle d’un sujet, et voilà que celui-ci vous permet de faire le lien avec votre documentaire d’hier soir, mettant ainsi la lumière sur les “connexions” qui co-existent entre eux.
Par exemple, l’enchaînement de livres aux thématiques pourtant différentes , qui semblent pourtant faire “lien” et “sens” à travers le prisme de votre cerveau ! Le bricolage de ce week-end qui vous offre la solution d’un problème professionnel qui n’a pourtant rien de “matériel”.
En nourrissant votre cerveau de savoirs variés, le voilà qui, de lui-même, s’adonne à trouver les liens qui les unissent pour en garder une image “stockable” et “utilisable”. Je suis moi-même toujours étonné par ce petit miracle lorsqu’il se produit !
Ces expériences me poussent à penser qu’il ne faut pas hésiter à s’autoriser à croire en soi. Que l’on est capable de créer, d’imaginer le monde autrement qu’il n’est déjà.

Chacun d’entre nous, à travers son expérience singulière, de par l’enchaînement de ses expériences de vie et donc, d’acquisition des savoirs, peut apporter une information complémentaire qui s’ajoute à la matrice complexe qu’est la vie. Nous n’avons pas nécessairement besoin de longues formations ou de charisme, chaque personne possède des trésors à offrir pour résoudre des problématiques communes. Chacun, qu’il le veuille ou non, a déjà cheminé sur la quête du savoir. La croisée des chemins peut se révéler merveilleusement enrichissante ! En se connectant aux autres et en partageant nos savoirs, nous approchons ensemble un projet de société où le pouvoir est réparti (rappelons-le, le savoir c’est le pouvoir). La recherche d’idéaux à travers la stratégie du savoir donne à la vie un goût collectivement sucré qui je pense, mérite d’être partagé !

Attitudes et conflits politiques face à l’urgence !

Je vous propose cette semaine un article un peu particulier, car il constitue une réponse à l’un des articles issus d’Yggdrasil, la revue lancée en 2019 sur l’effondrement et le renouveau, que je vous conseille d’ailleurs vivement !
Je me permets de mettre ici une petite partie de l’article pour donner le contexte suffisant afin de comprendre mon propre texte. Il s’agit d’un article écrit par Pablo Servigne dans sa “chronique de l’effondrement : il faut politiser la question !”.
L’article aboutit sur le cadran suivant qui tente de placer les différents courants idéologiques sur plusieurs dimensions :

“Alors, voici maintenant le jeu : Vous dites à chaque cadran/idéologie qu’on a foutu le monde en l’air (en général, on considère que c’est l’autre cadran qui fout le bordel) et qu’on risque de crever la gueule ouverte si on ne change pas.. Et vous observez. Que croyez-vous qu’il se passe ? Sachant qu’on s’entre déchire déjà entre personnes du même cadran (pour des broutilles extraordinairement vitales, n’est-ce pas ?), la question que je me pose (et que je vous demanderai de traiter en deux pages max pour le prochain numéro) est la suivante : dans l’optique d’une organisation rapide, globale et radicale de préparation à l’urgence, quelle attitude adoptez-vous à l’égard des personnes qui se sentent à l’aise dans les sept autres cadrans ?”

Voici ma réponse, qui je l’espère, nourrira vos réflexions sur le sujet :

Comprenons que chaque citoyen n’est pas né dans un de ces cadres. Qu’il est né dans un univers culturel qui l’a ensuite rapproché de certains cadres tout en l’éloignant d’autres, parfois plusieurs fois au cours de sa vie.
Heureusement, ce processus n’est pas figé, même s’il est parfois un peu crispé après des années passées à se complaire dans son savoir, sa propre vision de la réalité.
Il n’y a rien d’étonnant à cela, nous sommes tous bénéficiaires d’un mécanisme issu de notre cerveau humain, nous évitant de perdre notre énergie en remettant en cause nos savoirs acquis à chaque instant. Ce mécanisme nous a très bien servi dans l’évolution, mais il devient un défaut, à l’heure où nous devons changer de culture face à l’urgence.

Changer radicalement de politique aujourd’hui, implique un changement de culture tout aussi radicale.
À ceux qui se placent dans le cadre de l’anarchie-coopérative, je dirais que nous devons passer à l’offensive, adoptons une nouvelle stratégie, qui, cette fois-ci espérons-le, produira ces effets. Beaucoup d’encre a coulé pour décrire les défauts des autres cadrans, les ouvrages ne manquent pas aujourd’hui pour se construire un avis éclairé. Ce qui nous manque en revanche, ce sont des balles culturelles, des histoires qui racontent la beauté des mondes culturels et politiques auxquels nous aspirons, et qui par leurs récits déconstruisent les obstacles entre les autres cadres et le nôtre. Plus important encore, il faut que ces récits, ces histoires, ces contes, ces poèmes.. s’adressent non pas à l’élite intellectuelle, ce qui est malheureusement bien trop souvent le cas, mais au Peuple, au plus grand nombre ! Ne perdons pas toute notre énergie à débattre avec l’adversaire, ne perdons pas de vue que ce n’est pas lui que nous cherchons à convaincre mais la masse silencieuse qui regarde le spectacle. Adressons-nous tant que possible en direct à ces observateurs discrets qui pourtant portent un poids si important au moment de l’exercice démocratique quelle que soit la forme qu’il prend.
La tâche n’est pas simple, il s’agit de trouver les formes capables de toucher l’esprit du plus grand nombre et les canaux de transmissions suffisamment efficaces pour que cette culture s’infuse dans nos sociétés au rythme de l’urgence, qui croit d’année en année sans nous attendre. En ce qui concerne la forme, inspirons-nous des travaux existants, tels que le journal Fakir ou les travaux d’éducation populaire. Pour les canaux de transmissions, là aussi nous devons innover, court-circuiter les canaux officiels, explorer des chemins plus directs, plus humains, là où les gens vivent, habitent, se déplacent, font déjà communauté. Apprenons à nous faufiler dans “leur temps de cerveau disponible”, sans concessions, voire même à le créer si nécessaire, en bousculant les quotidiens, en s’immisçant dans leur réel. L’urgence de la situation implique que nous sortions de chez nous, de derrière nos livres et nos écrans. Il ne s’agit pas non plus d’inviter l’autre à rejoindre nos zones de confort mais plutôt à le rejoindre dans les siennes.

Bien sûr, il restera des non-convaincus, des blocs de roche idéologiques, que seule l’érosion du temps et le nombre des passages saura altérer. Alors, adressons-nous aux vivants, à ceux qui pourront rejoindre nos communautés de pensées, car c’est grâce à eux que nous transformerons la pensée dominante en culture minoritaire. Autorisons-nous à laisser à ces nouveaux venus le droit inaliénable de faire place à leur façon, de s’approprier ces futurs à travers le prisme de leurs expériences, de leurs désirs, plutôt que de tenter l’expérience hasardeuse de les faire rentrer à tout prix dans nos cadres d’idéologues confirmés. Prenons conscience de notre tendance à vouloir nous-même diriger le vivant qui réside dans chaque être humain vers une place bien trop spécifique pour que chacun y trouve sa liberté. Enfin, si cette quête en vaux la peine et que nous l’entamons ensemble, alors faisons la pour l’Amour avec un grand A. L’Amour du vivant, l’Amour de l’humain, l’Amour des Autres.. car l’Amour est une source inépuisable d’énergie contrairement au noir pétrole des ressentiments.

Accepter la complexité du monde

“Il faut assumer la complexité je crois. Ce que j’aurais tendance à dire aux jeunes générations c’est que ce n’est pas compliqué mais c’est complexe. Ce qui veut dire que ce n’est pas compliqué mais que c’est plein de petits mécanismes simples et qu’il faut prendre le temps de les ouvrir. Et ça peut même être fun ! C’est comme des petits mécanismes qu’on ouvre et on se dit “ah ! c’est marrant que ça fasse ça”. Il faut prendre le plaisir de la complexité, […] Il faut assumer et l’apprendre dès le plus jeune âge.”
Cette “bouteille à la mer”, issue d’une interview des créateurs de Datagueule sur la célèbre chaîne Youtube Thinkerview est probablement celle qui m’a le plus interpellé sur l’ensemble des interviews.
Source : https://youtu.be/507HStKtw-I?t=3203

Je suis un curieux, peut-être comme vous, et cela m’amène souvent à rencontrer de nouvelles connaissances, qu’il s’agit ensuite de stocker dans mon cerveau. Ça tombe bien, notre cerveau est capable de “plasticité cérébrale”, et ce, dès le plus jeune âge. Ce mécanisme, qui nous permet de réorganiser nos neurones afin d’intégrer de nouvelle connaissance et de faire des liens avec les expériences que nous avons déjà vécues, est primordial dans notre évolution en tant qu’espèce. Notre cerveau renforce et laisse se dégrader certaines zones neuronales tout au long de notre vie.

“Par exemple, lors de l’apprentissage de la lecture, le début est laborieux et difficile, puis avec la pratique et l’expérience, cela devient de plus en plus facile et rapide. C’est l’expression de la croissance du nombre de connexions dans l’aire cérébrale responsable de la lecture. À l’inverse, lorsque l’on utilise moins un réseau de neurones, ses connexions diminuent et cela s’extériorise par la difficulté de refaire l’action en rapport avec ce réseau. Par contre, comme le réseau est déjà en place, si on le réutilise, les connexions seront plus rapides à se remettre en action et tout l’apprentissage ne sera pas à refaire.” Génial, non ?

Le cerveau est aussi l’organe le plus consommateur d’énergie du corps humain, et pourtant, il possède déjà des mécanismes d’optimisation afin d’éviter de tourner à plein régime en continu. Ainsi, lorsque l’on assiste à une expérience qui pourrait apporter une nouvelle connaissance à notre panel des savoirs, notre cerveau n’intègre pas tout de suite ce savoir, il effectue un travail préliminaire.
Ce travail préliminaire, on peut le schématiser sous la forme d’un jeu de puzzle, on apporte une nouvelle pièce à notre cerveau et celui-ci essaye de l’associer avec les pièces qu’il possède déjà. S’il ne trouve aucune place correspondante, il peut faire le choix d’abandonner la pièce, car il considère que la dépense d’énergie nécessaire à l’intégration de ce nouveau savoir ne vaut pas ce qu’elle va apporter.
Pourtant, il est aussi possible de faire le choix de la mettre de côté, espérant trouver une correspondance plus tard. Il est même possible de laisser vivre un petit îlot de puzzle qu’on n’a pas encore su rattacher au reste. Celui-ci peut rester en contradiction avec d’autres bouts du puzzle qu’on s’est constitué sans que cela nous empêche de vivre, avec nos contradictions, nos incohérences, voir nos dissonances cognitives.
Ces dernières se résolvent parfois quelques années plus tard à la lumière d’un nouvel apprentissage !

Alors pourquoi je vous parle de tout ça ? Et bien parce que n’en déplaise à votre cerveau, le monde qui nous entoure est “complexe”, pas seulement la société humaine, mais aussi et surtout, l’ensemble du monde dans lequel nous vivons. On peut toujours essayer de réduire les choses à l’échelle de notre compréhension présente, mais ça ne change pas la réalité des faits ! Or, quand l’on philosophe, on poursuit l’éternelle “quête de la vérité”. Un but, pour nous faire grandir, et avec nous, l’humanité tout entière. Cette quête pourrait même constituer une des valeurs de base de nos sociétés, de notre culture.

Bien loin de cet objectif, notre tendance à la simplification du monde s’exprime dans tous les domaines de nos jours ! Prenons quelques exemples:

  • A l’école, vous pouvez avoir appris qu’il existe des animaux, dont “l’abeille”. Voilà quelques années que vous entendez / lisez que ces dernières sont en déclin critique sur le territoire Français. Pensant bien faire, vous financer / mettez en place des ruches en villes afin d’essayer de contrer ce déclin mortifère. Or, ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’il n’existe pas une espèce d’abeille, mais des dizaines ! Dont la majorité sont des abeilles sauvages, qui ne vivent pas en colonie comme l’abeille noire ou l’abeille jaune utilisées bien souvent dans notre apiculture conventionnelle. Ainsi, en mettant des ruches en ville, vous participer à la réduction du territoire de vie d’autres abeilles, au même titre que les agriculteurs utilisant des pesticides dans nos campagnes (pas au même niveau bien sûres, mais tout de même!).
    Voilà, un exemple où la complexité est nécessaire pour ne pas faire d’erreur !  
  • Autre cas similaire, vous ou votre entreprise décidez de compenser certaines de vos activités émettrices en gaz à effet de serre en participant financièrement à la “plantation d’une forêt”. Une “solution” qui sur le papier promet une “compensation carbone” intelligente. Sauf que le projet à en face de lui bien des contraintes ! Déjà, la plantation vient rarement remplacer une surface goudronnée (rappelons pourtant qu’en France on artificialisé 20 000 hectares de terres agricoles chaque année), elle va plutôt remplacer une prairie, avec son biotope déjà en place. Ensuite, une forêt ce n’est pas simplement une centaine d’arbres plantés côte-à-côte, c’est un éco-système vivant constitué de centaines d’espèces (faunes et flores). Cet éco-système s’obtient naturellement après des décennies de succession écologique dans nos climats tempérés (aussi appelé l’état “climax”). On créer ainsi une zone forestière, bien souvent mono-essences, qui manque entièrement de résilience. Celle-ci apporte un déséquilibre sur son territoire en créant une zone “verte” mais plus proche d’un état artificiel que naturel.
  • Au travail, il est de plus en plus courant de voir la complexité se faire éluder par des politiques du chiffres. Voilà des années que l’informatisation envahit l’ensemble des secteurs d’activités, accompagnant en même temps un changement d’échelle pour les entreprises qui deviennent chaque année de plus en plus grosse en faisant mourir les petites et en les rachetant. Une des conséquences visibles, est l’étirement des chaînes de management, en charge de “piloter” les employés en dessous d’eux dans la hiérarchie managériale. Il n’est pas rare de trouver dans nos grandes entreprises Françaises des strates managériales largement déconnectées de la base, du terrain, du concret, bref de la réalité ! Pourtant, il est dans leurs responsabilités de “piloter”, et c’est donc tout naturellement qu’il trouve à travers l’outil informatique, un moyen de faire remonter des “métriques”. Ces nombreux chiffres qui indiquent de façon abstraite l’état d’avancement des projets de l’entreprise deviennent alors les principales informations entrantes pour les prises de décision de ces managers en manque de réalité. Et bien sure, tout ce qui n’est pas dans les chiffres n’existe pas, ou alors n’a pas d’importance majeur à leurs yeux. On en vient à “croire” dans les chiffres de façon dogmatique, à piloter un monde simplifié dans lequel seul une dizaine de nombres résume l’état de santé de la communauté. Avec les conséquences que l’on connaît…
  • En politique, il ne vous aura pas échappé qu’une des stratégies classiques des dominants pour garder leurs places est de jouer sur les peurs des citoyens en leurs agitant sous le nez des mots valises tel que “terrorisme”, “immigration”, “danger”, “menace” et bien d’autres… Des mots pour décrire une réalité complexe avec des visions souvent simplistes, à tel point que nombre de citoyens suivent cette vision du monde. Comprendre permet d’acquérir un sentiment de sécurité vis-à-vis de notre environnement, un besoin humain essentiel. C’est donc tout naturellement que certains se mettent à “croire” et à promulguer ce genre de discours, récompensé par leur cerveau à travers des décharges d’hormones favorisant ce comportement. Il faut dire que les esprits sont rarement entraînés à l’esprit critique.

Ces quelques exemples, que l’on pourrait poursuivre de bien des manières sans grandes difficultés, montrent déjà les limites d’une pensée qui souhaite repousser la complexité plutôt que de l’approcher. Pourtant, face aux défis de sociétés qui nous font face, autant d’un point de vue social que d’un point de vue écologique, nous avons besoin de cette complexité pour construire différemment. Il ne s’agit plus de mettre un pansement ici ou là…

Cette approche de la complexité, des chercheurs commencent à l’aborder de façon différente, c’est le cas en collapsologie avec les travaux de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle. Dans leur ouvrage “Une autre fin du monde est possible”, ils abordent le sujet des “hyperobjets”, “problèmes divergents”, ou “problèmes pernicieux”. “Des problèmes insolubles qui se distinguent par le fait que l’effort fourni pour tenter de résoudre un aspect du problème en génère de nouveaux”. Nous voilà mal parti !
Ce genre de problème, la science moderne a beaucoup de mal à les traiter, voilà des années qu’elle fait le choix de l’hyper-spécialisation, du cloisonnement. Une méthode qui a su porter ses fruits dans certains cas, mais qui est profondément incapable de travailler sur des problèmes divergents. Pour cela, il n’y a pas le choix de croiser les disciplines, sciences dures et sciences sociales, probabilité, intuitions et même vision politique. Une recette dont la recherche des proportions parfaites de chacun de ces constituants crée en elle-même un problème divergent. Ces nouvelles sciences, on peut les appeler “sciences de la complexité”. Ne laissons pas cette approche uniquement à nos scientifiques. L’urgence social et écologique de la situation nécessite qu’un maximum de citoyens s’empare de cette approche, cette façon de penser le monde et de faire culture ensemble.

Acceptons la complexité comme mode de pensée et comme mode de vie, nous en sortirons meilleurs.

Ramasseur de glands et mise au pas de la Nature

Parfois, le flux quotidien de la vie se voit perturbé, on sort de son train-train, quelques instants, perturbé par une pensée naissante. Je pense que ça a été le cas dans l’anecdote que je vais vous raconter.
Je travail au siège social d’une grosse entreprise, celle-ci possède des espaces verts tout autour de ses bâtiments (qui en ont d’ailleurs bien plus la couleur que la forme). Arrive l’heure de ma pause déjeuner ou je rejoins le dehors pour aller chercher mon repas, croisant ainsi cet employé, qui après avoir passé soigneusement une trentaine de minutes à rassembler des glands en petits tas, les ramasse maintenant à la pelle, pour finalement les mettre à la “poubelle”, le tout, sous le regard du grand chêne. J’aurais vraiment aimé vous l’illustrer avec une photo mais sur le moment, j’avoue, j’étais moi-même un peu envoûté par tout ce remue-ménage qui s’effectuait devant mes yeux.  

Il semblerait, que certains parmi nous ont décidé que ça serait une bonne chose de payer un d’entre nous afin qu’il ramasse ces glands, de lui faire brûler du pétrole pour son déplacement et celui de son chargement. Et ne parlons pas non plus de son collègue quelques mètres plus loin qui déplace les feuilles tombées du même arbre, à l’aide de sa souffleuse à mazout, solidement harnachée sur son dos… Est-ce ainsi que nous devons “gérer” notre maison commune ?

Ne soyons pas de mauvaise foi, ce genre d’activité n’est pas si récente que ça. La  démocratisation de cette technique, grâce à l’énergie abondante fait qu’on la voit désormais plus couramment mais… Après tout, nous sommes en France, non ? Auriez vous entendu parlé du “Jardin à la française” ? Mais si vous savez ! Ce noble art culturel hérité des ancêtres de nos bourgeois  !
Louis XIV, les jardins de Versailles.. j’imagine que les images doivent bien vous revenir.
En voilà une définition : “Le jardin régulier ou jardin classique est un jardin avec des garnitures et des agréments, expression du classicisme dans l’art des jardins, autrement dit la recherche de la perfection formelle, d’une majesté théâtrale et d’un goût du spectacle.“
Tiens, je ne savais pas que Mr le président avait un attrait pour le jardinage. Cela doit expliquer son soi-disant revirement soudain pour l’écologie.
Quant à moi, j’y vois un précieux indice sur la vision du monde, droite et régulière, qui se cache dans les têtes de nos décideurs.

Revenons donc à nos travailleurs du présent. Sous l’étiquette subtile “d’agents d’entretien des espaces verts”, les voilà qui coupent, qui taillent, qui ramassent, qui dépoussièrent, qui minéralisent… Et qui, petit à petit, transforment la nature selon un plan bien rectiligne. Chaque feuille est à sa place et chaque gland dans sa poubelle.

Mais d’ailleurs, c’est fou ça, pourquoi s’embêter avec des plantes qui poussent et qui repoussent alors qu’il suffirait d’un brin de “plastique” pour figer le tout ?
Je pense que nous touchons là un point intéressant ! Mon hypothèse ?
Il y a peut être derrière ce choix, l’expression d’un désir, d’un désir de “contrôle”, exprimé par nos possédants décideurs. Ces derniers souhaitent peut-être contrôler le “vivant”, le dompter, le modeler selon leurs propres désirs. Après tout, n’est ce pas ainsi qu’ils gagnent leurs argent ? A coup de contrôle sur leur masse salariale, composée d’individus bien moulés à qui on rabote les idées les plus feuillues ? Puis ensuite, en empêchant les graines d’idées de germer tout en cultivant à la place l’indifférence et l’apathie, dans un jardin aseptisé ?
Certains voient dans les luttes sociales et les luttes écologiques une forme d’incompatibilité, sinon une neutralité sans lien. Pourtant, je pense que c’est finalement la même vision du monde qui s’acharne sur les Hommes et sur notre Planète. Le capitalisme se fout des Hommes comme il se fout de l’environnement, ces indicateurs naturels ne font pas partie de son prisme de lecture. Rouges et verts se doivent de converger pour mieux colorer les esprits et gagner leurs luttes.   

Bonne nouvelle, la Nature, ça ne s’étouffe pas, on peut l’enfermer sous une coque de goudron mais chaque fois, elle se relève, bien patiente !
Humus, Humain, même racine, même ennemi, même combat. Quand serons nous assez audacieux pour briser la chape de plomb que le capitalisme a fait couler sur nos âmes ?

Elle est pourtant si belle cette nature sauvage, lorsqu’elle s’exprime de l’intérieur de nos êtres.

Autonomie ou Hétéronomie, que choisir ?

S’il y a bien un fil rouge qui accompagne la prise de conscience associée à la fin de notre civilisation c’est celui de la “Résilience”. On peut définir la résilience comme la capacité qui permet de rebondir, de prendre un nouveau départ après un traumatisme. Il est tout autant possible d’appliquer ce concept à la psyché humaine, ainsi qu’au fonctionnement d’une plante ou encore à un de nos systèmes ultra-complexes d’approvisionnement. La force de ce concept est qu’il permet de se reconnecter aux réalités. Il nous invite à nous poser les questions que nombre d’entre nous avaient écartées sans même y penser : d’où vient ma nourriture ? comment est construit mon habitat ? d’où je tire ma chaleur ?

Au “fil et à mesure” que l’on déroule la pelote, on est vite écrasé par l’ampleur du problème ! On réalise à la fois que nous nous reposons entièrement sur le reste de la société pour pourvoir à nos besoins et qu’en même temps, cette société et ses systèmes sont bien plus fragiles que notre confiance aveugle et collective ne le laisse penser !

C’est alors qu’arrive le mot “autonomie“, récolté au détour d’un article, d’un bouquin, d’une conférence, d’une discussion entre amis.. et là, on se dit “Eureka ! mais oui ! c’est ça ma solution“.

Adieu Hétéronomie, bonjour l’Autonomie !

Si le système est si fragile, il est donc logique que je me déconnecte de ce dernier, non ? Fini d’être une marionnette, on coupe les fils et revoilà la liberté !

Et c’est ainsi que les auto-proclamés “éveillés” partent en quête de ladite Autonomie, sans même se rendre compte que leur désir relève plus du conte éveillé que du réel. Alors bien sûr, je ne conteste absolument pas la force de cette histoire, je pense même qu’elle est nécessaire pour que les Hommes sortent de leur indifférence. En revanche, je ferais remarquer qu’il est assez probable que nous soyons tous infectés insidieusement d’un mythe, d’un mythe libéral qui nous raconte que nous sommes capables de vivre sans les autres. Et ce qui est drôle, c’est qu’alors même que nous nous rendons compte de la fausseté de l’affirmation, à travers notre hétéronomie révélée, à travers notre dépendance aux autres et au système… Nous gardons pourtant dans notre poche, ce mensonge. Celui-ci qui nous pousse à croire; qu’il est possible d’atteindre l’autonomie “sans les autres”, en “solitaire”… cap vers “l’indépendance”, levez les voiles moussaillons !

Heureusement, la nature est bien faite. Elle rattrape même le plus vaillant “survivaliste”, qui comprend un jour ou l’autre, une fois reconnecté au-x vivant-s, qu’il fait partie d’un schéma complexe, duquel il ne pourra jamais vraiment s’extirper. A le lecture d’ouvrages sur la permaculture ou même de la toile du vivant à laquelle il se reconnecte, il commence à comprendre qu’il n’existe pas dans la nature d’électron libre, capable de vivre en totale indépendance. Il apprend qu’il n’existe pas une unique “loi de la jungle” affirmant que “seule la supériorité de la force brute ou de l’intérêt personnel est importante dans la lutte pour survivre”. Les plantes, les arbres, les animaux sont tous reliés les uns aux autres dans des éco-systèmes foisonnants. Nos scientifiques appellent ces liens des “interactions biologiques”: symbiose, mutualisme, commensalisme… venant s’ajouter à la palette de notre vision du monde. Suis-je capable de fabriquer l’air que je respire ? Et l’eau que je bois ? Et ces vers de terres, ces limaces qui nourrissent ma terre dans laquelle mes plantes potagères se nourrissent ? Et ce renard qui évite la prolifération des rongeurs ? Et ces pollinisateurs ? Et cette météo, ce climat qui a tant d’impact sur mes productions ? Et cet arbre dont je tire mes ressources en chaleur et en matériaux ? Mince.. on dirait que la nature m’a donné un corps bien trop dépendant du reste de sa création !

Mais le chemin n’est pas fini, l’autonomiste comprend ensuite qu’apprendre à faire sa nourriture n’est qu’une toute première étape. Comment fera-t-il demain pour ses vêtements ? Pour ses ustensiles de cuisine ? Pour ses outils de jardinage / bricolage ? Pour se déplacer ? Derrière chaque besoin se cache un métier, avec son nombre de savoir-faire si immense qu’il faut bien se rendre à l’évidence, au bout du compte : faire rentrer tout ça dans une seule tête et dans des journées de 24 heures relève de l’utopie.

Nous revoilà alors condamnés à l’Hétéronomie ! Trahis par notre propre génétique, incapables de s’affranchir de la nature et du corpus social de notre espèce ! Quel malheur !

Alors soit, mais maintenant quoi ?
Où réside l’espoir, s’il existe ?
Ré-examinons ensemble cette histoire de génétique humaine, celle qui dit que nous ne pouvons pas nous affranchir des autres. Bien sûr, la nature ne nous a pas donné un corps capable d’autonomie véritable. Pourtant, elle nous a laissé une marge de manœuvre notable, non ? Là où bien des espèces sont bloquées dans leurs schémas génétiques, agissant de façon presque aussi robotique qu’un algorithme, nous, nous avons l’opportunité du “choix”. Impossible de me déconnecter de la toile du vivant, d’accord. Mais avec qui, avec quoi je vais m’y connecter ? Certes, j’ai besoin de nourriture pour vivre, et je ne peux réfuter ce fait. Je sais aussi maintenant que j’aurais forcément des dépendances à d’autres que moi pour remplir ce besoin. Et là commence “le choix” ! Est-ce que je veux être dépendant de la grande distribution ? Ou de la santé de la terre de mon jardin ? Des milliers d’auxiliaires locaux qui m’aideront ? Est-ce que je souhaite dépendre de l’État ou de mes voisins ?

Il est temps de choisir, de choisir nos dépendances. Comment est-ce que je réponds à ces questions ? A mon échelle individuelle, à l’échelle de mon foyer, de mon voisinage, de ma commune, de mon peuple ?

Choisir nos dépendances, c’est choisir nos liens. Et dans un avenir incertain, s’il y a bien une direction dans laquelle nous devons nous diriger, c’est celle qui propose moins de biens et plus de liens.