Filozofer
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L'équilibre, c'est la compensation permanente de la chute

Quel est l'état final recherché ? Il nous faudrait une boussole, non ?

  • philosophie
  • harmonie

Ça ne fonctionne pas. Je veux dire… toi, moi, nous, notre culture, notre façon d’habiter le monde, nos façons d’interagir les uns avec les autres.
Nous sommes déjà plusieurs, à additionner nos efforts pour modifier l’état du monde. Mais vers où ? Le changement est nécessaire, oui ! Mais lequel, et même soyons précis, lesquelles ? Dans quel ordre ? Avec quelles intentions ?
Quel est l’état final recherché ? Il nous faudrait une boussole, non ?

L’harmonie.

Je suis convaincu que nous avons là un concept puissant à explorer.

Un état harmonieux c’est “l’accord parfait, ou l’agencement heureux, entre les parties d’un tout. C’est un rapport d’équilibre qui crée une unité cohérente.”

Relisez cette définition. Une fois encore. Avez-vous déjà ressenti l’harmonie ? Entre amis ? Entre amours ? Dans un collectif de travail ? En vous ?

Et si…. tous les collectifs humains, de la plus petite à la plus grande échelle, se donnaient cette intention-là, cette direction du changement vers un accord parfait entre ses membres ?
Et si… tous nos complexes systèmes, nos interactions avec le monde, étaient refondus pour tendre vers l’Harmonie ?
Je vous laisse imaginer ce monde. Le monde, notre monde, serait assurément différent.

Rassurons-nous ! Nous sommes déjà parvenus à des états harmonieux, déjà bien des fois dans nos vies, vous aussi. Les atteindre n’est pas impossible. Je dirais que le plus dur, au risque d’en décevoir certains, commence quand on pense avoir réussi.
Ce moment où l’équilibre est atteint, où tout va bien.
Mais ce moment n’est pas une photo figée dans le temps. Ce moment est vivant. Les forces continuent de s’exercer et ne sont pas toujours visibles aux observateurs.
L’instant d’avant, ça tient.
L’instant d’après, c’est la bascule, c’est le changement d’état.
L’Harmonie est perdue.
L’ajustement est nécessaire.

L’équilibre, c’est la compensation permanente de la chute.

Je pratique l’acroyoga depuis quelques années maintenant. C’est une pratique sportive nécessitant justement la recherche permanente d’un équilibre entre deux personnes, malgré les mouvements, malgré les perturbations. L’enseignement de cette pratique consiste entre autres à dévoiler aux pratiquants les tensions internes qui sont à l’œuvre, les transferts de poids nécessaires, les communications silencieuses qui permettent aux figures de s’enchaîner sans perdre le fil harmonieux qui se tisse ensemble.
On cherche l’harmonie ; on la trouve ; on la perd ; on réajuste ; en permanence.

Et on se fait bousculer, d’apprendre que ce qui semble “tenir” si facilement en apparence, n’est qu’apparence. Car pour tenir, pour rester en harmonie, il faut, il faudra, compenser la chute. Cet enseignement est transposable dans bien d’autres domaines. Un système fonctionne, jusqu’à ce qu’un élément extérieur non anticipé le bouscule. Un collectif humain remplit son rôle, jusqu’à la tension non compensée qui provoque sa chute.

Il ne s’agit pas seulement de “trouver l’équilibre”. Il faut apprendre à “garder l’équilibre”, sans ça, l’équilibre ne tiendra qu’un court temps et ne produira pas les effets souhaités.

Trouver l’harmonie. Garder l’équilibre. Faire face. Se réinventer. Trouver le nouvel équilibre, la nouvelle harmonie. Sans cesse. Ou dit autrement, dans les mots d’Alain Damasio, eux même empruntés à Gilles Deleuze :

“Ne soyez rien, devenez sans cesse”

Mais alors, cet « état final recherché », quel est-il ? Vous l’avez peut-être senti venir : la question était piégée dès le départ. Piégée, parce qu’elle appelle un lieu, une destination, une photo d’arrivée. Pourtant, si l’équilibre est compensation permanente de la chute, alors l’état recherché n’est pas un état figé : c’est un état en mouvement. Les parties du tout bougent, le tout doit bouger avec elles. La boussole n’indique pas un endroit où poser nos valises ; elle indique une manière de marcher.
L’Harmonie ne tient que parce qu’elle accepte le changement, reflet des changements des éléments du tout. Qu’est-ce qui distingue le devenir harmonieux de la simple dérive ? Je crois que la réponse est déjà dans la pratique : l’écoute.
En acroyoga, l’équilibre tient tant que chacun reste attentif aux tensions de l’autre, même les plus silencieuses. Le jour où l’on cesse d’écouter, on continue de bouger, mais on ne s’ajuste plus, là commence la chute. Le devenir harmonieux, c’est le devenir qui écoute. La dérive, c’est le devenir devenu sourd, celui qui ne recherche plus l’équilibre.


Note de l’auteur :

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le temps d’écrire un article. J’ai eu le plaisir de ressentir récemment ce désir d’écrire à nouveau ! Ce concept de recherche permanente d’équilibre, même en état d’harmonie, surtout en état d’harmonie, m’a beaucoup fait réfléchir, et c’est ainsi que j’en livre ici quelques réflexions. A vous qui m’avez lu, merci.

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